Mon salaire, c’est ma feuille de paie

Nettoyage d'un jardin en friche

Nettoyage d’un jardin en friche

France

Gérard Bureau, après 40 ans d’expérience comme volontaire permanent dans le Mouvement ATD Quart Monde, a fondé « initiatives solidaires », une auto-entreprise sociale qui propose des chantiers rémunérés à des personnes qui n’ont pas trouvé d’emploi mais « ont un besoin vital de travailler ». Gérard travaille avec elles sur des chantiers chez des particuliers, des entreprises ou des associations (entretien de jardins, maçonnerie, réfection de logements…). Au fil des mois, le courage et les efforts des personnes en recherche d’utilité et de liens avec d’autres sont reconnus et valorisés.

« C’est la recherche de l’utile et de la solidarité, sans bénéfices financiers personnels autres que ceux qui permettront de développer l’activité de l’auto-entreprise. C’est répondre au défi de créer une économie humaine entre tous et pour tous, nouvelle croissance possible puisque la demande est là. Les besoins en service de proximité sont en plein développement et en ajoutant la plus-value de la solidarité, notre petite entreprise a déjà son carnet de commandes bien rempli par le bouche à oreilles. »

Dans la chronique de son blog « initiatives solidaires », Gérard partage l’histoire d’un homme qui se bat au quotidien pour s’en sortir et être reconnu comme utile et capable de travailler.

Le parcours de Monsieur CB

« Je n’ai pas encore beaucoup écrit dans cette chronique, je vais raconter aujourd’hui le parcours de CB, un adulte de 40 ans, marié, deux enfants. Dans cette chronique je ne dirai jamais les origines ni ne ferai la description trop détaillée des conditions vécues par ces personnes. Le travail que je partage avec elles me montre chaque jour qu’elles sont des personnes qui méritent qu’on les regarde dans leurs projets et leurs batailles, pas dans la description de leurs problèmes qui sont leur vie privée ou en tout cas, ce n’est pas à moi d’en parler.

J’ai connu CB il y a trois ans, nous l’avons hébergé quelques semaines avec sa famille car sans logement. Il vit maintenant à l’hôtel de façon stable en attendant meilleur. Depuis le premier jour que je l’ai rencontré, il parle de quatre choses : logement, santé, école, travail. Pour chacun de ces domaines de vie, il met une énergie que nous ne pouvons pas imaginer. J’ai une collection de sms quotidiens de ses demandes pour comprendre une démarche, pour essayer de répondre à des questionnaires administratifs, pour actualiser sa situation à pôle emploi, pour soigner ses enfants, pour chercher un logement, pour répondre à des annonces d’emploi etc…. depuis trois ans, il n’a pas abouti sur la question du logement et du travail et je comprends de nouveau pourquoi des personnes peuvent à un moment renoncer et se laisser aller à l’assistance car c’est plus que décourageant, c’est un combat toujours perdu d’avance et les administrations osent dire en face à face « vous n’avez aucune chance, il y a trop de personnes avant vous… il vous manque tel document et la fois suivante encore un autre document ou un document que vous ne pouvez pas produire… vous n’êtes pas éligible… »

CB ne se décourage jamais et essaie toujours. Trois ans que plusieurs fois par semaine, CB m’appelle ou m’envoie des sms pour toutes ses démarches. J’ai calculé, ça fait environ 550 conversations, demandes, réflexions pour essayer de dénouer sa situation. De plus CB est dynamique, cultivé et n’est pas la personne dont on pourrait penser qu’il est hors jeu, même si pour ma part, je ne considère personne hors jeu. Alors si lui ne réussit pas dans ses démarches, comment feront ceux qui ont moins de bagages ?

CB a un réseau de travail non déclaré, entre 25 et 70€ la journée, quelquefois pas payé. Il n’est pas parmi les plus démunis, il se maintient à flot. Pôle emploi ne lui propose pas ce qui lui correspond et le dialogue avec les conseillers est décourageant.

CB est la première personne à qui j’ai proposé des emplois en CDD à la journée, environ une dizaine de journées depuis 6 mois. Ce n’est pas à lui que je propose le plus de travail puisque il a un réseau par ailleurs. C’est par le projet « Initiatives solidaires » qu’il a eu sa première feuille de paie de sa vie. Lors d’un travail au siège international d’ATD Quart Monde dont il a compris les objectifs, le soir, au moment de le rémunérer, il m’a dit : « je ne veux pas du salaire, mon salaire, c’est la feuille de paie. » Je l’ai évidemment quand même rémunéré. Comme d’autres personnes, sa façon de travailler est exemplaire, comme s’il voulait prouver heure après heure de travail, qu’il est employable. Comme m’a dit quelqu’un avec humour, pour l’arrêter de travailler, il faut enlever la pile, car il va au-delà de ce qui est demandé. Ces jours-ci je l’ai mis en lien avec Charles, un retraité qui soutient des personnes dans leur parcours vers l’emploi. Il l’a recommandé au service de la mairie qui dispose d’un certain nombre d’emplois réservés sur des chantiers publics. Il a pu obtenir un emploi pour plusieurs mois. »

Vous pouvez soutenir Initiatives solidaires en visitant le blog et en parlant de cette initiative autour de vous !

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