Travailler pour aller à l’école

Travailler dès l'âge de 7 ou 8 ans pour aider ses parents à payer les frais de l'école est la réalité de nombreux enfants en Bolivie. photo ATD Quart Monde

Travailler dès l’âge de 7 ou 8 ans pour aider ses parents à payer les frais de l’école est la réalité de nombreux enfants en Bolivie.
photo ATD Quart Monde

Pascale Tissier,

Bolivie

Cela fait un peu plus d’un an que nous avons rejoint l’équipe de Bolivie. Parfois, je rencontre Doña G, une maman qui a eu huit enfants, quatre sont morts en bas âge. Elle vit à El Alto, une ville juste au-dessus de La Paz, à 4000m. Cette ville de 850 000 d’habitants s’est développée par la migration de beaucoup de familles venant de la campagne ou des mines, espérant trouver un avenir meilleur pour leurs enfants, une meilleure scolarité et des emplois. Doña G y vit dans une petite maison en « adobe » (briques faites de paille et de terre), dans des conditions difficiles. Elle a une maladie depuis 25 ans qui l’empêche de plus en plus de bouger et la maintient au lit. Son mari l’a quittée. Doña G a plusieurs petits enfants. Elle continue de lutter pour ses enfants et petits enfants pour qu’ils ne soient pas comme elle, discriminée, pour qu’ils s’en sortent mieux.

Lors de la préparation d’une Université populaire Quart Monde sur l’éducation et sur quels efforts chacun de nous, parents ou professeurs, nous faisons pour que nos enfants apprennent à l’école, Doña G nous a dit : « Les efforts que j’ai fait pour que mes enfants puissent aller à l’école furent de leur trouver du travail dès l’âge de 7, 8 ans : vendre des sandwichs, cirer les chaussures, garder un enfant, aider au marché… De cette manière, ils pouvaient s’acheter des chaussures, toutes les affaires pour l’école… Nous élevions aussi des animaux dans la cour pour les vendre, des porcs... »

Pour moi cela fut fort d’entendre ces paroles, d’entendre la nécessité de faire travailler ses enfants dès l’âge de 7 ans pour pouvoir les envoyer à l’école !

Encore aujourd’hui, nous croisons tous les jours à La Paz, de nombreux enfants qui travaillent : lavant des voitures, criant dans les minibus pour attirer le client, fermer, ouvrir les portes, récolter le prix du trajet, ou vendant des glaces, des bonbons, cirant les chaussures, ou aidant leurs parents dans des petites boutiques… Nous savons aussi que dans les mines de nombreux enfants continuent d’y travailler.

Ici les enfants vont à l’école soit le matin, soit l’après-midi, soit le soir.

En juillet 2014 une loi a été votée concernant le travail des enfants et adolescents. Elle permet aux enfants de travailler dès 10 ans. L’âge légal reste 14 ans mais avec des exceptions : 12 ans s’ils travaillent pour autrui et 10 ans s’ils travaillent pour leur propre compte.

Pour ces exceptions, il faut trois conditions : « En premier la décision doit venir de l’enfant, en second, il faut l’autorisation des parents ou tuteurs et en troisième, la permission des défendeurs de l’enfance. Ensuite se réalise un registre qui passe par le Ministre du travail. » explique un parlementaire.
Avant, la loi fixait l’âge minimum pour travailler à 14 ans sans exceptions, en accord avec les recommandations de l’OIT (Organisation Internationale du Travail) ratifiées par la Bolivie.
Cela a entraîné des protestations de groupes d’enfants et du syndicat des enfants travailleurs.
Ils considéraient que la réalité en Bolivie est différente et que les enfants doivent travailler tôt par nécessité.

« Le but est d’éradiquer l’extrême pauvreté pour 2025 » a indiqué le député  Javier Zavaleta, un des promoteurs de cette loi.

Est-ce par une loi légalisant le travail des enfants dès 10 ans que la pauvreté sera éradiquée?

Certes, dans les familles vivant en situation de pauvreté, les enfants soutiennent les efforts de leurs parents en travaillant à leurs côtés.

Un enfant dit : « Nous devons travailler. Ce que le gouvernement doit faire c’est nous protéger, qu’on nous respecte et qu’on ne nous exploite pas. »
Sofia :
« Dans ma famille il n’y avait pas beaucoup d’argent et on ne mangeait pas beaucoup. C’est pour cela que j’ai commencé de travailler à 8 ans pour aider mes parents. Nous devrions étudier mais le coût du matériel est très élevé pour nous. »
Nelly travaille de 9h à 19h puis va suivre des cours du soir et rentre chez elle vers 22h.

J’ai entendu parler d’un projet de loi pour que l’école ait lieu toute la journée. Une maman d’une famille monoparentale me disait : « S’il y a l’école toute la journée, mes filles aînées ne pourront plus m’aider à notre petite boutique ou pour garder les derniers ; comment je ferai alors ? »

Comment changer ? Par une politique de soutien familial ? Par une politique digne de rémunération du travail ? Par une politique sur l’éducation pour qu’elle soit réellement gratuite et de qualité ? Les trois sûrement et aussi une reconnaissance des efforts des parents.

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