Maria-Francesca et Lassane

Un atelier manuel dans un camp de roms de la Région parisienne avec ATD Quart Monde

Un atelier manuel dans un camp de roms de la Région parisienne avec ATD Quart Monde

Pascal Percq

France

Maria Francesca était une petite fille, un bébé de deux mois et demi, au sein d’une famille Rom habitant dans un campement précaire à Chassan près de Paris. La petite est décédée au lendemain de Noël. Pour toute la communauté et les amis qui soutiennent ces familles roms, ce fut un drame.

Dans toute société, la mort inspire le respect. Et la disparition d’un enfant est vécue, partagée, comme une tragédie. En principe. Car ce ne fut pas le cas pour tous à Chassan.

A la douleur de la perte d’un enfant vint s’ajouter pour la famille celle de subir l’opprobre. Le maire de la commune a refusé que le bébé soit inhumé dans le cimetière de la ville. « On ne demandait qu’un mètre carré de tombe » confiait un membre de la communauté Rom.

Cette attitude a révolté et ému une partie de l’opinion. Le Premier ministre Manuel Valls a commenté en termes vifs : « Refuser la sépulture à un enfant en raison de son origine est une injure à sa mémoire, une injure à ce qu’est la France ».

L’enfant a été enterrée non pas en Roumanie mais en France, finalement dans une commune voisine, à Wissous. La famille, apeurée par le tumulte de la vague de protestations est restée à l’écart de tout commentaire. Elle fait toujours l’objet d’une mesure d’expulsion sur le terrain qu’elle occupe.

Le 22 janvier, après avoir entendu le maire, le Défenseur des droits Jacques Toubon a considéré cette décision du maire comme « illégale » et «discriminatoire ». Une telle condamnation a certes une forte portée morale mais… aucune conséquence juridique. Le maire de Chassan ne sera donc ni jugé ni condamné pour cet acte discriminatoire.

Dans le même temps, un autre étranger, à Paris, le jeune Malien Lassana Bathily, 24 ans, était mis à l’honneur par le gouvernement français qui lui a accordé illlico, très médiatiquement, la nationalité française pour avoir aidé et sauvé des clients de la supérette casher à échapper au massacre lors d’une prise d’otages. Très simplement le jeune magasinier a commenté « je ne suis pas un héros, je suis juste Lassane » confiant aussi sa tristesse d’avoir perdu son ami Yohan, un collègue de travail.

Maria-Francesca, Lassana : deux prénoms, deux récits très différents, deux faits bien distincts dans un même temps, et pourtant… Le prénom même du bébé Rom, « Maria-Francesca » se traduit « Marie-Françoise » en français : Françoise comme Française… Ce qui veut dire qu’en choisissant pour leur bébé un tel prénom, pour ces parents, cette France qui les reçoit si mal constituait comme un espoir d’une vie meilleure. Au point qu’ils ont prénommé leur bébé avec ce prénom, choix hautement symbolique. Et c’est aussi tout un symbole qu’ils aient voulu que leur bébé soit inhumé en France et non en Roumanie.

Aussi la France, et son Président de la République, comme ils l’ont fait pour Lassane, pour répliquer à la la décision indigne du maire de Chassan, pour laver cette «  injure à sa mémoire, injure à ce qu’est la France » comme disait ce Premier Ministre, seraient bien inspirés comme pour Lassane de décider d’accorder la nationalité française de façon posthume à la petite Maria-Francesca et tant qu‘à faire, à ses parents et sa famille…

 

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