Personne n’est exclu de l’humanité

livre réalisé avec des personnes vivant à la rue, au Guatemala

livre réalisé avec des personnes vivant à la rue, au Guatemala

Romain Fossey,

France

La chance m’a été donnée de participer à une aventure : la rencontre avec des personnes qui vivent et/ou travaillent dans la rue autour de la décharge municipale de la ville de Guatemala. Un livre, disponible en espagnol, reprend les contributions de personnes qui ont pu se découvrir et marcher ensemble. Je souhaite ici partager des extraits du texte de Carolina Escobar Sarti – sociologue et analyste social- qui présente cette œuvre collective et nous invite, aussi, à découvrir la réalité du Guatemala :

« Je pense que tout le monde a le droit à une opportunité. C’est-à-dire qu’indépendamment de sa condition sociale, des problèmes vécus, des circonstances par lesquels il est passé, chacun a le droit de pouvoir profiter d’un changement positif » nous dit Mynor Garcia, de 35 ans. Orphelin depuis ses 9 ans, il se souvient comment ses parents ont disparu durant la guerre civile au Guatemala. Depuis lors, un long chemin de vie à la rue marqué par l’exil, le déracinement, les drogues et la faim l’aura accompagné.
Mynor, comme beaucoup d’hommes et de femmes, a dû vivre dans le Guatemala de l’exclusion. Celui de la misère, de la faim et de l’abandon. Celui de la décharge de la capitale, ou des quartiers pauvres périphériques. Le Guatemala rural dans lequel n’arrive aux villages ni l’électricité, ni l’éducation, ni l’eau, ni la santé. Celui de ces 2 millions d’émigrés guatémaltèques qui sont partis chercher dans d’autres pays ce que celui-ci n’a pas su leur donner. Celui des 60 000 jeunes filles et adolescentes qui, chaque année, se retrouvent enceintes suite à un viol perpétué par un membre de leur entourage proche. C’est le Guatemala dans lequel la moitié des enfants de moins de 5 ans souffrent de malnutrition sévère ; où les emplois ne sont pas suffisants pour une population majoritairement composée de jeunes qui viennent ainsi grossir les rangs du chômage, des gangs ou de l’armée. C’est le Guatemala qui nous indigne, nous fait souffrir, nous épuise.
 Le Guatemala que nous découvrons à travers ce livre est celui de l’exclusion et de l’érosion social extrême. C’est le lieu de ceux que nous appelons et traitons comme des citoyens de quatrième catégorie. Le lieu de toutes les détresses.
Mais ce livre ne traite pas seulement de ségrégation sociale, de personnes à la marge de la société discriminées pour leurs conditions de vie. Il parle effectivement de cela mais aussi il met en lumière la dignité et l’espérance. Il parle de mains qui se tendent, de vies qui s’ouvrent à d’autres vies. C’est vrai que les gens qui habitent ce livre, vivant ou ayant vécu à la rue et dans des contions inhumaines, ne jouissent pas pleinement de leur droit de citoyen mais paradoxalement ils ont beaucoup de choses à nous dire sur ce qui est vrai, sur la force de l’esprit humain et, surtout, l’amour. Comme me l’a dit un ami, l’amour ne peut pas tout mais sans amour rien n’a de sens.
« Ces personnes conservent une humanité absolue profondément enracinée dans leur for intérieur et protégée : la découvrir est une chance, un cadeau, une source d’espérance (…) Nous avons réussi à nous connecter à cette humanité », raconte Álvaro. D’autres parlent de ce livre comme d’une construction collective « où chaque contribution est un espoir pour demain. C’est une mémoire mais aussi un projet pour l’avenir ». C’est pourquoi je souhaite parler de dignité. Parce que la dignité n’est pas un mot mais une attitude face à la vie.
Quand j’écoute toutes les voix de ce livre réunies comme un chant collectif, je comprends mieux ce qu’est la dignité. Quand deux amis vivent à la rue et se protègent l’un l’autre, c’est de la dignité. Quand un être humain est entendu parce qu’un autre l’écoute, c’est de la dignité. Quand c’est de l’affection qui est donnée et non uniquement une paire de chaussure, c’est de la dignité. Quand une femme en état de dénutrition partage son repas avec l’homme qu’elle aime, c’est de la dignité. Quand on vit au milieu des ordures et qu’il reste l’envie de vivre, c’est de la dignité.
C’est grâce à cette dignité que nous appartenons tous au même monde ou, comme le dit Paul : « personne n’est exclu de l’humanité. »

Cristobal et Silvia, amie peintre

Cristobal et Silvia, amie peintre

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2 réflexions au sujet de « Personne n’est exclu de l’humanité »

  1. Cet article redonne courage à toute l’humanité de cultiver encore plus le sens du vivre ensemble et de multiplier des efforts pour que la dignité de tous continue à être respectée. Merci Romain.

  2. Cet article redonne courage à toute l’humanité de cultiver encore plus le sens du vivre ensemble et de multiplier des efforts pour que la dignité de tous continue à être respectée. Aujourd’hui j’ai eu l’occasion de visiter ici à Ouagadougou le Musée d’un ami du Mouvement de longue date. A l’intérieur du Musée il y a une salle réservée à l’exposition des œuvres d’ATD Quart-Monde. Au dessus de la portée on retrouve une inscription qui dit « Tout homme a en lui une chance de l’humanité ». Ton article me rappelle ce que j’ai vécu aujourd’hui. Merci Romain.

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