Michel et les migrants à Calais

migrants à Calais

Pascal Percq

France

Michel était éducateur et vit dans le Sud Est de la France. Il a la « fibre sociale » dit-il. Une fois à la retraite il y a une dizaine d’années, il a voulu se rendre utile dans une association humanitaire près de chez lui. Avec son épouse, il a commencé à collecter des habits qu’on déposait chez lui. Trier, laver et les redistribuer ou les expédier dans des contrées défavorisées. Un jour Michel découvre à la télévision le désarroi et le grand dénuement de centaines de migrants venus du monde entier qui attendent à Sangatte-Calais de pouvoir se rendre en Grande Bretagne ; il se demande comment leur faire parvenir ces piles de vêtements qui attendent dans son garage.

Il prend alors contact avec l’Association Salam (Soutenons, Aidons, Luttons, Agissons pour les Migrants) à Calais et parvient à convaincre une grosse entreprise de transports, dont le siège est près de son domicile, d’acheminer des colis. Deux à trois fois par semaine, il complète ainsi avec ses paquets l’arrière des camions rouges.

A l‘arrivée, l’association Salam distribue les vêtements. Entre Michel et Salam, la filière s’organise à distance. Jusqu’à ce qu’un jour, au bout de deux ans de cette pratique, un bénévole de Salam l’interpelle : « Depuis le temps que tu nous envoies des paquets, pourquoi ne viendrais-tu pas toi-même ? » Sitôt dit, sitôt fait : Michel fait son sac et prend la route pour Calais. « J’ai dû regarder la carte de France, je n’étais jamais monté si haut » dit-il. L’accueil est amical, chaleureux et la rencontre avec les migrants bouleverse Michel : « c’est inimaginable ce qu’ils ont vécu et ce qu’ils continuent de vivre ici» dit-il. C’est pour eux l’aboutissement du voyage. Or, il leur reste 35 kilomètres à faire pour traverser la Manche et on les bloque dans des conditions effroyables. Un bras de mer infranchissable. La nuit, le jour, se cacher pour entrer clandestinement dans la remorque d’un camion qui fait la traversée de la Manche. Certains tentent le tout pour le tout en sautant sur les camions depuis un pont. Leur récit est incroyable.

Depuis 2007 chaque année, Michel passe donc deux mois loin de chez lui à Calais ou Sangatte (dont le centre d’accueil pour migrants a été fermé en 2002, générant des campements sauvages régulièrement détruits par les forces de l’ordre)  avec les compagnons bénévoles de Salam. Il y séjourne les mois d’avril et d’octobre. Il y était en octobre dernier, à rencontrer et à porter secours à tous ces déplacés dans leur campement improvisé, derrière le plus grand supermarché marché de Calais ou de chaque coté de la route qui mène à l’usine. Ils n’ont rien. Ils vivent dans le plus grand dénuement. Michel et les bénévoles apportent des repas, des vêtements, quelques soins. On se parle. « En 2007 ils étaient environ 300, ils sont maintenant près de 2000 ! On les chasse de partout. Beaucoup sont venus d’Afghanistan, d’Irak, du Kurdistan : des pays en guerre. Maintenant ils viennent surtout d’Afrique, d’Erythrée. Ils veulent aller en Angleterre Ils en rêvent et ont pour la plupart de la famille là bas avec qui ils sont en contact. »

La répression des migrants par la police de Calais a été terrible en 2009. Mais ils reviennent toujours, regardant par-delà la mer les côtes d’Angleterre. On les rejette systématiquement de la ville. La violence entraîne la violence. Des échauffourées se produisent. Pour Michel, le projet de centre d’accueil qui serait créé à l’écart de la ville ne suscite aucune illusion : « Il ne fonctionnera que le jour, or, c’est la nuit que ces gens ont besoin d’un toit. On veut simplement les rendre invisibles. »

En octobre dernier, Michel a rencontré davantage de femmes et d’enfants qu’auparavant, ce qui l’inquiète beaucoup, car c’est la population la plus fragile. Ce ne sont d’ailleurs pas les mêmes personnes qu’en octobre ou avril, et c’est pour lui un mystère : « c’est donc qu’ils réussissent quand même à passer… ». Il est indigné par l’attitude des autorités françaises qui, non seulement chassent les migrants et dévastent leurs camps improvisés, mais sont allés en 2009 jusqu’à poursuivre les bénévoles de Salam pour « délit de solidarité ». De retour chez lui, Michel est intarissable : il ne cesse de raconter autour de lui, une fois revenu dans « son Sud » la détresse de ceux qu’il a accompagnés dans le Nord de la France. « Il faut parler, témoigner, dénoncer ce que vivent ces personnes, répète-t-il. Ce sont des êtres humains. On ne peut pas les maltraiter comme on le fait ».

 

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Une réflexion au sujet de « Michel et les migrants à Calais »

  1. Merci pour cet article, je veux inviter des jeunes de mon quartier à sa lecture pour découvrir un peu ce qui se passe. La plupart pense que tout est bon en Europe, en dehors du continent et de leurs pays.

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