Garder les yeux ouverts

leo y veo

Nathalie Barrois, Guatemala

J’écoutais une émission sur RFI quand une explication m’a interpellée : les enfants qui ont souffert de malnutrition bébé, auront perdu 1/5 de leurs neurones, ils seront ensuite des élèves avec plus de difficulté d’apprentissage, de mémorisation etc.

Je revois devant moi la petit Britany si éveillée grâce à l’attention de sa maman, mais aussi tellement chétive petite. Aujourd’hui c’est une jolie gamine. Mais qui gardera cachée en elle la trace des ces manques que tout l’amour de sa maman n’a pu combler.

Ici il y a tant d’enfants, plein d’énergie, d’invention, de tendresse, et aussi des disputes bien sûr. Toute cette vitalité me fait parfois oublier les conditions tellement injustes de leur vie : abris précaires que le vent emporte parfois, que la pluie traverse, eau insalubre du fait des cultures de cannes, nourriture insuffisamment riche, difficultés d’accès à la santé, à l’école.

Révolte, impuissance… Ne pas me décourager.

Ninfa tout juste diplômée avocate propose de nous soutenir pour permettre aux enfants d’avoir leurs papiers d’identité, ouvrant ainsi l’accès à l’hôpital. Me revient également à la mémoire cette voisine de Britany qui lui donnait des rations de lait. Doña Josefa, autre voisine, me parle d’un centre de soin qui accueille les enfants et les prend en charge rapidement.

Solidarité.

Je voyage régulièrement en bus. Souffrant du mal des transports, je n’ai rien d’autre à y faire que de regarder le paysage, ou les occupants du bus. Que de fois je me suis émerveillée des gestes des jeunes pères pour emporter l’enfant endormi sur l’épaule, de leur regard souriant plein de douceur ou de fierté, de leur protection attentive.

Émerveillement.

Entre émerveillement et révolte, je vais ainsi, découvrant un peu plus chaque jour cet univers si lointain de ma propre enfance et jeunesse.

Comment transmettre tout ce que je découvre ? Comment garder ce regard lucide qui essaye de comprendre sans juger, dans une globalité ? Me revient un texte lu dans une revue qui invite à garder les yeux grands ouverts pour voir autrement la réalité qui nous entoure : « Il est dangereux de s’endormir en marchant ».

guate bicyÉcrire est déjà un premier pas pour susciter l’intérêt, l’imagination et l’engagement. Un autre avenir est possible qui commence là où des personnes acceptent d’ouvrir les yeux, d’ouvrir leur cœur et leur intelligence pour inventer un autre monde, un monde où enfin tous les parents auront les moyens d’offrir à leurs enfants sécurité et avenir.

Gardons les yeux ouverts, il est dangereux de s’endormir en marchant.

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