« Reporters de paix »

fresque Bangui-Mpoko

fresque Bangui-Mpoko

J’ai le privilège, avec quelques autres, d’être le destinataire de récits de vie quotidienne d’amis vivant aujourd’hui à Bangui (Centrafrique) au cœur de la tourmente qui sévit et ravage ce pays depuis plus d’un an (http://centrafrique.atd-quartmonde.org/)

Qu’ils soient Centrafricains ou non, ils côtoient tous les jours la violence. Et pourtant tout au long de ces longs mois de souffrance je ne les ai jamais sentis abattus.

Des moments difficiles, ils en vivent en permanence. Confrontés à la guerre interne, à ce souffle qui ravage villes et villages, plus terrible qu’une tornade, dans ce climat de haine, ils protègent de leurs mains la petite lueur d’humanité qui résiste, ils survivent tels des « héros du quotidien » qu’ils se défendent d’être, mais surtout ils apportent à leur entourage immédiat une leçon de courage et d’espoir.

Nous sommes bouleversés souvent à la lecture de leurs récits, teintés parfois de cet humour propre aux survivants qu’on a pu capter naguère chez les rescapés des camps de la mort. Emus par leurs mots, par ce qu’ils vivent de terrible. Et l’on se doute bien qu’ils ne nous disent pas tout pour ne pas nous effrayer de leurs manques, de leurs effrois, et de leurs difficultés.

Leur propos n’a rien à voir avec les dépêches et articles des « reporters de guerre » des rares médias qui s’intéressent encore à la Centrafrique. Eux seraient plutôt des « reporters de paix ».

Car ce qu’ils tiennent avant tout à nous transmettre, ce qui les tient debout, ce sont tous ces petits gestes de solidarité dont ils sont les témoins.

C’est par exemple cet homme qui revient dans son quartier et découvre un vieil homme dans le plus grand dénuement dont la maison a été détruite. Avec quelques jeunes ils reconstruisent sa maison. C’est ce geste protecteur d’une femme chrétienne à l’égard d’une jeune femme musulmane alors que partout on nous dit qu’ils ne peuvent plus vivre ensemble…

Ce sont ces jeunes gens qui se forment et s’organisent pour porter aux enfants réfugiés dans les camps, le sourire, le temps de leur raconter une histoire, de lire un livre, de créer des images, de chanter ou de jouer ensemble.

C’est aussi le partage des nouvelles. A Bangui, chaque jour, les habitants inventent leurs réponses. Et celle qui vient spontanément c’est être en lien avec d’autres, avoir des nouvelles des autres, loin ou proches. C’est cela qui vous donne du courage, de la joie et de la force pour continuer à croire qu’il y aura un demain meilleur. S’informer, c’est exister, c’est résister. Se soucier des autres. Tenir le coup ensemble même quand on a été séparé par les évènements. Et la famille reste bien le lien, le ciment sacré entre tous.

Les initiatives existent. Ainsi, récemment quatre jeunes, Antoine, Hector, Jean et Daniel, qui avaient participé à un travail d’écriture et produit un DVD « Enfant du monde, tends moi la main » ont décidé de l’utiliser. Ils l’avaient enregistré et tourné dans de nombreux lieux de vie avec le concours d’autres animateurs, d’enfants et de parents de Bangui et alentours. Il y a quelques jours, ils ont organisé une tournée dans les quartiers où des enfants avaient participé à ce DVD pour redonner la fierté et enthousiasme. Ils ont ensuite travaillé avec les enfants et les jeunes sur des affiches et une banderole et sont partis dans les quartiers afin de rencontrer leurs chefs de quartier, les parents, d’autres jeunes animateurs pour récolter des idées pour un après midi festif. Avec les enfants de plusieurs quartiers, ils ont alors préparé un sketch sur la paix.

Nos amis de Bangui nous disent que ces échanges avec nous constituent pour eux un réel soutien. Qu’ils sachent que pour nous, leurs mots sont autant de signes de vitalité, d’espoir pour vaincre cette violence. Ils démontrent qu’il n’y a pas de fatalité du mal.

Ils renforcent cette conviction que la paix reviendra et que ces petits gestes d’aujourd’hui, posés au cœur de la tourmente, sont autant de petits cailloux pour construire cette paix qu’ils attendent et qu’ils méritent tant. Ce sont des artisans de paix. Et avec eux, on y croit.

Comme le confie Grâce : « En ce moment, on sent la fumée de la paix, mais on voit pas encore la lueur du feu ! Il faut qu’on se mette ensemble et qu’on parle. Tout homme a des droits et des devoirs ».

 

Pascal Percq – France

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Une réflexion au sujet de « « Reporters de paix » »

  1. Et soudain je me prends à rêver…
    Que des émissions à la télévision ne soient plus signées par des reporters de guerre mais par des reporters de paix
    Que les gros titres n’engloutissent plus toute notre attention dans des faits de guerre mais encore et surtout l’envole dans des faits de paix, avec des porteurs de paix à tous niveaux.
    Pour que les deux plateaux de la balance s’équilibrent enfin.

    Et soudain je me prends à rêver que le plateau de la paix prend le pas sur celui de la violence parce que l’oreille s’est cordialement affinée et qu’elle entend davantage le silence que distille la paix que le bruit que vomit la guerre.

    Merci pour votre article porteur d’espoir.

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