LES ENFANTS « EN MOBILITE »

Le 16 Juin, c’était la journée de l’Enfant Africain. Des milliers d’enfants ont défilé dans les rues de Bouaké en Côte d’Ivoire et ailleurs pour dire « Non à la discrimination, non à la grossesse des jeunes filles en milieu scolaire, non à la mobilité et à l’exploitation des enfants.» Mais aussi : « oui  à une éducation gratuite de qualité pour tous »

Des ONG mènent depuis des mois des campagnes de sensibilisation contre la grossesse des jeunes filles en milieu scolaire, la mobilité et l’exploitation des enfants en Afrique.

Depuis plusieurs mois l’ONUCI (l’Organisation des Nations Unies en Côte d’Ivoire), les autorités ivoiriennes, les chefs religieux des pays limitrophes (Burkina Faso et Mali) mènent une campagne « musclée » contre ces fléaux.

Il s’agit de détecter ces enfants déplacés par la force des choses de leur pays ou de leur village pour être « offerts » à des parents proches ou des institutions comme ici à Bouaké dans une école Coranique dans l’espoir qu’un jour leur enfant deviendra un marabout. Mais sur deux cents enfants il se peut que seulement cinq d’entre eux deviennent marabouts et les autres se retrouvent à la rue en train de vendre des boites de mouchoirs ou des cure-dents ; certains sont dans les champs de Cacao ou certains sont devenus tisserands. Souvent malheureusement, ces enfants s’adonnent à la drogue ou à la prostitution.

Un membre d’une ONG raconte comment ils mènent ces campagnes : « Nous identifions les enfants en danger et ensuite nous les mettons dans les familles d’accueil pour qu’ils bénéficient du soutien de cette famille. Nous tenons compte de l’origine ethnique de l’enfant pour que celui-ci puisse être intégré et ne perde pas ses racines. On recherche sa famille pour que celle-ci sache où se trouve l’enfant et si l’enfant souhaite rentrer dans sa famille. On le soutient ensuite dans son projet de vie. Ce sont les enfants eux-mêmes qui choisissent les métiers qu’ils souhaiteraient apprendre, en collaboration avec les travailleurs sociaux. »

Mais ces enfants, habitués à la mendicité ou à la rue, reviennent souvent en ville car la misère de leurs parents au village les accule à y retourner. C’est pourquoi dans la ville de Bouaké on voit des jeunes qui continuent à vendre des boites de mouchoirs, des pneus de voiture, ou des filles qui vendent des oranges ; Igname, bananes à longueur de journée.

Il ne s’agit pourtant pas d’accuser les parents !

Quand est-ce que nos autorités et institutions comprendront que la lutte contre la grande pauvreté est la base de la protection des enfants ?

Il existe des projets bien construits pour la protection des enfants, afin que ces enfants puissent vivre pleinement leur vie et s’insérer dans la société et dans leur famille d’origine. Mais combien d’enfants peuvent en bénéficier ? Les budgets sont souvent minimes ; parfois le financement n’est pas renouvelé d’année en année.

Attention : il existe des enfants qui soutiennent leurs parents dans leurs petits commerces ou dans leurs champs. Comme disait le petit Mory lors de sa prise de parole dans la célébration de cette journée : «Nos parents ne nous obligent pas à vendre avec eux ou à aller aux champs ; c’est par respect et par amour pour nos parents que nous les aidons parce que c’est eux qui nous nourrissent. »

En écoutant les interventions lors de cette rencontre, beaucoup d’enfants ne comprenaient pas ce que disaient les grands dans leur désir de les protéger. Mais certains ont quand même entendu des choses ; ainsi le petit Wilfried raconte : « ils ont aussi parlé de l’Education pour Tous, ». Il rigolait un peu en ajoutant « ils sont des menteurs car l’éducation n’est pas gratuite ! Si tes parents ne payent pas la cotisation annuelle, on te chasse de la classe.»

Le président de la LIDHO (ligue des Droits de l’Homme de Côte d’Ivoire) disait lors d’une conférence-débat le mois dernier : « Il faut que nos Etats pensent un peu plus loin pour ouvrir d’autres infrastructures dans toutes nos communes pour vraiment donner accès à l’éducation à TOUS les enfants »

Ce que Wilfried nous dit aussi, c’est que si les institutions ou les gouvernements veulent vraiment protéger les enfants, « il faut écouter nos parents ! ». Parce que Wilfried qui vit dans la précarité, sait très bien que ses parents veulent son bonheur.

 

Maria Victoire – Bouaké – Côte d’Ivoire

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