QUAND LA MAGIE DES LIVRES…

magie des livresDepuis 9 mois je suis au sud du Guatemala ; pas facile de laisser le pays, la famille, les amis. Trouver un autre rythme dans la chaleur tropicale, avec une année scolaire qui commence en février, un été en novembre, un hiver au mois de mai… Mais je suis bien. Et j’aime ce Club de Lecture hors-normes. Quoi de plus merveilleux que la fébrilité de Giovanni qui recherche une page de son livre : « Regarde, on voit que son pantalon est décousu » ; et il rit, tout heureux de sa trouvaille ! A côté de moi sa sœur Liliana répète tout ce que je lis, dans une tentative de saisir cette clé inconnue qui ouvre au monde de la lecture. La semaine dernière une maman me disait : « c’est important vos livres, ainsi je peux faire lire ma fille. Alors qu’elle refuse de lire avec son livret scolaire ».

J’oublie la chaleur, le poids du sac sur mon dos et la fatigue qui pèsent si peu devant le bonheur de rendre les histoires, les livres accessibles dans ce pays où il y a si peu de bibliothèques. D’ailleurs il faut « montrer patte blanche » pour emprunter un livre, alors qui prêterait aux familles de ce bidonville, quand bien même elles auraient l’audace d’en franchir le seuil ?

Ici les livres sont si précieux que même à l’école, on ne les sort que rarement de la bibliothèque, les professeurs en sont responsables et s’ils se perdent ou s’abîment ils devront les payer (ce qui représente une somme importante par rapport à leur salaire).

Et pourtant la lecture, c’est se promener dans la tête d’un autre, c’est découvrir le monde, c’est avoir des réponses aux questions qu’on ne se posait pas encore !! C’est trouver les mots pour dire ce qu’on vit … c’est le contraire de l’enfermement, de la violence, du mépris de l’autre.

Heureusement des professeurs du lycée français ont lancé une campagne dans leur école pour nous procurer de beaux livres. Une amie a même accepté de nous en prêter de sa propre bibliothèque quand nous lui avons parlé des yeux brillants de Karina à l’évocation de livres d’Isabelle Allende. Alors chaque semaine, dans les deux bidonvilles, nous passons proposer des livres : et il en faut pour tous les goûts, des petites et grandes lettres, des histoires courtes ou longues, d’ici ou d’ailleurs. Car pas un de nos lecteurs ne prendra le premier livre proposé ; il y a le plaisir de tourner les pages, d’imaginer le contenu, de peser le pour et le contre avant de se décider.

« Je peux prendre un livre pour mon petit frère, pour mon cousin ? » Et voici que ceux qui savent lire prêtent leur voix à l’histoire. La ruelle boueuse se transforme, le regard brille, le monde alentour disparaît.

Qui dira la puissance d’un livre lu sur les genoux de sa maman, partagé avec une amie ? Des liens se tissent, des souvenirs se tricotent, qui tiendront chaud au cœur lors de moments plus difficiles.

 

Nathalie BARROIS – Guatemala

 

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