Où se soigner si l’hôpital nous rejette ?

L’espérance de vie en Afrique est de 52 ans pour les hommes et 54 ans pour les femmes. Les gens meurent tous les jours faute de soins.

J’ai entendu cette conversation : « Dis !  Lorsque tu es malade, iras-tu à l’hôpital pour te faire administrer le sérum ? » « Non ! »  répond l’autre.

Ils parlent en connaissance de cause ; ils savent tous qu’en allant à l’hôpital ils peuvent trouver la mort car l’accès aux soins de qualités reste très compliqué. Un autre disait, « Moi je prie pour ne pas être malade et si un jour je dois rentrer à l’hôpital je demanderai à Dieu de me prendre parce que l’hôpital ne représente plus pour moi le lieu où on peut se soigner. » Dans quel monde vit-on ?

Les gens se débrouillent pour se soigner avec les herbes, les tisanes qui sont à leur portée. Mais lorsque la maladie demande une intervention avancée (une opération) alors là le problème devient plus grave. La mort est aux aguets lorsque le paludisme ou la fièvre typhoïde ou une simple fièvre terrasse les gens.  Pour aller dans des petits dispensaires il faut au moins 200 FCFA et là encore les gens disent « même les 200 FCFA pour ouvrir un carnet de santé c’est difficile. »

J’ai vu des choses que je n’aurais pas pu croire si je ne les avais pas vues. Nous nous sommes retrouvés dans une salle d’urgence dans un CHU (centre hospitalier universitaire)  le mois dernier. C’était le jour de Pâques ;  l’oncle d’un ami a été hospitalisé en urgence. L’oncle en question, proclamé mort par le médecin légiste respirait encore lorsqu’on l’emmenait à la   » morgue  » !

Lorsqu’ils ont découvert qu’il respirait encore ils l’ont renvoyé tout de suite dans sa chambre. La famille pour sauver le malade a payé un taxi très cher pour l’emmener au CHU. Depuis son admission en urgence les différents médecins qui l’ont ausculté ne se sont pas concertés pour dire de quelle maladie ils souffre. La famille n’est même pas au courant des résultats des analyses qui ont été faites sur lui ; on leur dit « Il y a une analyse à faire ça coute 12,000 FCFA (francs CFA) , il y a une autre prise de sang qui coûte quelques milliers de FCFA » et ça s’additionne ; les dépenses s’accumulent et la famille n’avait pas du tout prévu cela dans leur budget. Après insistance relativement  à de son ventre gonflé, les médecins ont dit qu’il y a trois symptômes ! Ensuite ils ont demandé à la famille d’apporter deux bouteilles vides pour qu’ils puissent enlever l’eau de son ventre. La course était alors aux alentours de l’hôpital pour trouver deux bouteilles vides. C’est aussi difficile de trouver des bouteilles vides en Afrique car tout est utilisé, tout se vend, pots de confitures, bouteilles de ketchup, de Coca-cola. … La famille a tellement cherché qu’elle a fini par acheter une bouteille d’eau qui coûte 500 FCFA la bouteille pour avoir une bouteille vide ! C’est quelque chose !

Lorsque les deux bouteilles ont été apportées l’une des infirmières tirait l’oncle de côté, dans le couloir et lui disait : «Vous devrez nous payer quelque chose pour que nous puissions prendre soin de vous !  » Absurde ! La famille n’a pas d’argent ;  ils ont conduit pendant des heures depuis le sud vers le nord pour obtenir des soins de santé, ils ont payé tous ce qu’il faut les analyses ; les tests, l’hospitalisation et au-delà de tout ça ils demandent encore de l’argent pour qu’ils prennent soin du malade !

« Qui accusera ces professionnels qui ont même prêté serment de soigner dignement les personnes malades.  «  Ne pas soigner un malade, c’est un délit !» disait une maman « tout est autour de l’argent ; pour te soigner ils regardent si tu as l’argent ;  si tu n’as pas ils te retournent chez toi. »

Un autre épisode bouleversant : une dame venait d’être admise et son mari n’a pas de sous pour lui payer ses deux analyses qui coûtent 9,000 à 12, 000 FCFA ; du coup l’infirmière a dit à son mari  » si tu n’as pas l’argent il faut quitter l’hôpital ; nous prendrons soins de toi lorsque tu auras l’argent. » Elle enlève le sérum du bras de la femme et le mari ramasse ses affaires et ils quittent l’hôpital !

Une fois de plus, on constate que le droit à la santé n’existe pas dans beaucoup d’endroits où règne la misère. Nous ne pouvons pas dissocier le droit de se soigner de tous les autres droits fondamentaux car vivant dans l’extrême pauvreté les plus pauvres paient le triple lourd prix.

Maria Victoire – Bouaké –  Côte d’Ivoire

 

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Une réflexion au sujet de « Où se soigner si l’hôpital nous rejette ? »

  1. Ping : Where Can We Go For Care if the Hospital Turns Us Away? | Together in Dignity

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