La pauvreté n’a pas de frontières

En mars s’est tenue – à Lucerne dans la « maison Romero » – une session sur la pauvreté autant au Sud qu’au Nord. Un de ses objectifs : chercher des aspects communs. Nelly Schenker a pu y contribuer en tant que personne luttant elle-même contre la pauvreté tous les jours. Voici ce qui lui tenait le plus à cœur :

« Quand on vit la pauvreté et la misère, on ne peut pas nous enfermer dans des frontières qui nous séparent entre pays et personnes. Que ce soit au Nord ou au Sud, on est obligé de vivre en « dehors des autres », à la marge de nos villes, villages et communautés. Le plus loin possible ! »

Sculpture« Il faut arrêter avec les séparations entre nous tous. Pour moi, l’injustice se ressemble partout : la même douleur, une exclusion préprogrammée. Surtout dans les domaines de la formation et de la culture. Et puis : sans revenu pas de logement, sans logement pas de travail. »

« Chez nous en Suisse, encore souvent les enfants sont arrachés dès la naissance à ceux qui ont le moins de moyens. On leur reproche leur vie précaire. Il y a toujours des gens qui n’ont pas vécu la pauvreté, mais qui croient mieux savoir ce qu’il faut faire avec les pauvres. Et gare à celui qui ose ouvrir sa bouche, pour hurler à l’injustice ! On lui répondra : « C’est de ta faute ! Toi le paresseux, le faible d’esprit ! »

Une journaliste qui participait à cette journée a cité Nelly après coup : « J’ai grandi dans la pauvreté, et depuis j’attends toujours qu’arrive enfin la paix dans ma vie. » C’est en effet avec ces mots là que Nelly Schenker a démarré son intervention. Elle a parlé de sa maman, mère célibataire « qui parlait peu dans sa vie, qui savait peu s’exprimer. » Après deux années au jardin d’enfants, Nelly a été placée de force en institution. Elle s’est retirée, elle s’est murée en elle, elle a arrêté de manger. On l’a mise dans un autre home. Mais là, au lieu de la scolarité c’est le travail d’enfant qui l’attendait : du tissage.

Ce qui nous frappe dans son témoignage, encore et encore, c’est son sentiment de rejet par la société, ce sentiment de se retrouver sans aucune chance dans sa vie, à cause de la privation de sa scolarité. En fin de compte, elle a trouvé son chemin, avec ATD Quart Monde, un Mouvement qui s’engage pour la dignité et le respect des Droits humains auprès de personnes en pauvreté. Elle dit y avoir trouvé des personnes qui enfin l’écoutaient. Et c’est là qu’elle s’engage aujourd’hui, afin que d’autres puissent briser leur isolement.

Noldi Christen, Suisse (avec le soutien de Nelly Schenker)

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2 réflexions au sujet de « La pauvreté n’a pas de frontières »

  1. Où peut-on apprendre, comme naturellement, à tenir compte des autres, des proches, sinon dans sa propre famille? Même si la famille n’existe malheureusement pour personne?

  2. Le sens « communautaire » que l’on est censé trouver auprès de nos familles génétiques est loin de faire l’unanimité en France alors que nous sommes considérés comme étant un pays riche. Trop souvent pour ne pas dire toujours, le modèle « Abel-Caïn » se manifeste entre les frères et sœurs quand la simple préférence s’impose dans notre quotidien. Nous ne naissons pas égaux puisque pas tous …. beaux, forts, et intelligents, et que le prix de nos efforts pour s’aligner sur un modèle qui nous est imposé malgré nos lacunes « naturelles » ne sera que proportionnel à l’importance de nos faiblesses. Le seul ciment qui puisse exister reste l’amour, le véritable amour, mais qui n’est lui aussi que trop souvent une apparence, une forme de tolérance pour ne pas dire d’hypocrisie.
    Oui, je crois qu’il faut l’avoir vécu soi-même pour s’exprimer sur ce fort sentiment de frustration qui nous poursuit pendant toute notre vie malgré les nombreuses réussites que nous avons accrochées à notre parcours. L’étiquette reste indélébile quoique nous fassions, aussi faut-il s’en remettre à la providence pour que notre environnement immédiat ne nous enferme pas dans un véritable enfer.

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