Tout le Monde a besoin de tout le Monde

tout le monde a besoin de tout le monde

Certains rapports du PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement) nous rappellent que les 20 % des plus riches de la planète possèdent 80 % des ressources mondiales et que 20 % des plus pauvres doivent se contenter de 1,6 % de ces richesses.

Face à ces chiffres, de nombreuses voix s’élèvent pour revendiquer, proposer et imaginer une « autre économie ». Mais celle-ci ne peut être seulement économique, elle doit aussi être intégrale, écologique, interculturelle, au service du bien-être et du vivre ensemble.

De nombreuses organisations, syndicats ou associations élaborent et vivent quotidiennement de nouvelles expériences de travail et de « vivre ensemble » alternatives. En France, des employés conservent leur travail et leur entreprise en créant une SCOP : Société Coopérative et Participative. Une organisation comme Colibri, créée en 2007 sous l’impulsion de Pierre Rabhi, a pour mission d’inspirer, relier et soutenir tous ceux qui participent à construire un nouveau projet de société.

De son côté, le Mouvement ATD Quart Monde a initié les projets TAE : Travailler et Apprendre Ensemble. Des personnes de milieux sociaux très éloignés s’associent pour repenser ensemble la façon de vivre le travail et les relations dans l’entreprise. En France, à Noisy le Grand (banlieue parisienne), les acteurs de ce projet affirment qu’un travail permet à tout un chacun de gagner sa vie. C’est aussi un lieu où on souhaite pouvoir se sentir bien, se former, transmettre ses savoir-faire, créer des liens et être fier de soi. Aussi l’objectif est de ne laisser personne de côté, afin que l’entreprise devienne un lieu de fraternité, un lieu de partage des savoirs et de fierté.

Plusieurs ateliers de production ont été lancés, notamment à Madagascar,
au Guatemala, et au Sénégal, avec la même volonté qu’à TAE de faire la preuve qu’il est possible de penser l’entreprise autrement avec tous les travailleurs.

Au Guatemala, le projet TAJ (traduction en espagnol de TAE) met en évidence les bénéfices de cet atelier de production d’artisanat à base de papier recyclé. La force ne se situe pas tant au niveau des ressources économiques, qui font cruellement défaut aux participants, qu’à la découverte de leurs talents, au développement de leurs capacités et à la transformation personnelle de chacun. Ceci permet aux travailleurs de se sentir plus libres, acteurs de leur propre vie et de celle de leur famille même si les conditions de vie continuent d’être extrêmement précaires. Astrid Itzep, une des actrices de ce projet, résume sa participation à cette expérience de travail alternatif en disant qu’elle était une chenille et qu’aujourd’hui elle est devenue un papillon qui peut voler !

Maritza Orozco, autre artisan du groupe TAJ au Guatemala, nous dit l’importance de sa participation à ce type de projet : « Parfois on nous appelle les pauvres : ce n’est pas tant pour le manque d’argent que pour notre manque de connaissance de notre propre valeur ! ».

Le besoin n’est donc plus tant d’inventer de nouvelles initiatives (même si la recherche reste primordiale dans un certain nombre de domaines), avance Cyril Dion – président de Terre et Humanisme – que de les relier entre elles, de créer des synergies puissantes et de les communiquer à toutes celles et tous ceux qui cherchent des moyens de mettre en cohérence leur aspiration et leurs modes de vie.

 

Romain Fossey – Guatemala

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