Il vient d’avoir 17 ans.

jeune en prisonJohn est incarcéré depuis décembre. Il a eu  17 ans en février. Son premier fils est né en janvier. Voilà comment sa mère me donne de ses nouvelles. Elle explique comment son arrestation s’est faite sur un « malentendu » : John travaillait à récupérer de la ferraille. En revenant à la maison, un bus de la ville subissait une agression : la police a pensé qu’il faisait partie de la bande. Sa maman sait que John n’est pas un ange : il a déjà eu des problèmes avec la justice. Mais cette fois-ci, elle y est allée et a vu comment ses vêtements étaient encore salis de son travail de la matinée. Il n’étudie plus depuis deux ans. Il n’arrive pas à trouver de travail. Il vit avec sa compagne de 14 ans depuis l’année dernière.

La gorge serrée, sa mère décrit ses visites au centre de détention. La manière dont les visiteurs doivent se dénuder par groupe de 5 pour des raisons de sécurité. L’impossibilité de partager des photos, notamment de son fils qui vient de naître. L’obligation de fournir les uniformes exigés par cette prison pour mineur qui impose les couleurs de vêtements en fonction d’une supposée appartenance à un gang. Malgré ces violences et ces humiliations, cette mère confie son soulagement : « au moins, il ne s’est pas fait tuer. J’ai un lieu où je peux lui rendre visite une fois par semaine ».

Au Guatemala, 745 864 jeunes de 13 à 24 ans ni ne travaillent ni n’étudient. On les appelle les NiNis. Ce terme a été inventé au Royaume-Uni à la fin des années 90 et a ensuite été beaucoup utilisé en Espagne. En Europe, ce concept s’applique aux jeunes qui ne trouvent pas de travail  et qui peuvent étudier mais qui décident de ne pas le faire. Au Guatemala, c’est une autre situation : le système ne les intègre pas. Les jeunes s’inscrivent dans la survie à travers le travail informel, des activités illicites ou le travail domestique.

Ces jeunes portent sur leurs épaules la dette dont leurs parents n’ont pu s’acquitter : améliorer les choses pour la génération suivante.

Au Guatemala, les jeunes ne sont pas employés dans le cadre de conditions de travail formelles  comme dans d’autres pays de la région. Ils ne sont pas déclarés et ne bénéficient donc pas des prestations de la sécurité  sociale. Dans un pays où 70% des jeunes vivent en condition de pauvreté – privation de plusieurs droits comme l’éducation, la santé – s’intégrer au marché de l’emploi « digne » et avoir accès à une éducation de qualité représentent un effort surhumain.

Depuis deux ans, John et moi avons eu l’occasion d’échanger à plusieurs reprises. Je ne sais pas quelle situation est la plus difficile pour lui : être le témoin de la souffrance de sa famille (l’incendie de leur maison, l’incarcération de son père, la médisance de nombreux voisins, l’absence d’accès à l’éducation pour ses deux frères adolescents…) ou le manque de perspective pour sa propre vie ? Comment décrire cette émotion partagée lorsque nous découvrions ensemble que nous allions chacun devenir père pour la première fois, alors que plus de 16 ans nous séparaient. N’est-ce pas le moyen qu’a trouvé John pour ne pas se laisser enfermer dans cette condition de NiNi. Le petit garçon, ce fils que John ne connaît pas encore, est le signe fort de sa volonté d’être dans la vie.

 

Romain FOSSEY – Guatemala

 

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