Les pauvres ont besoin d’une chance

A l’occasion du séminaire organisé par ATD Quart Monde à New-York le 27 juin 2013 pour évaluer les Objectifs du millénaire pour le développement avec des personnes qui vivent dans la pauvreté, un participant a déclaré : « Membres des Nations-Unies, je ne veux plus être pauvre. Je ne veux plus être appelé pauvre, j’ai besoin d’une chance…».

Au Cameroun, après avoir le film « Joseph l’insoumis », les membres du groupe des amis d’ATD Quart Monde ont été invités à s’exprimer sur ce que ce film leur permettait de comprendre de la pensée du Père Joseph WRESINSKI, de la mission du Mouvement ATD Quart Monde, et des conditions de vie des personnes pauvres d’ici et d’ailleurs.

C’est alors que plusieurs membres du groupe ont dit avoir été marqués par les mots du Père Joseph face au maire qui refusait de donner une chance aux familles qui peuplaient le camp de Noisy le Grand : « Si ces gens-là vous font peur, c’est parce que vous ne les connaissez pas. Il faut venir à leur rencontre ».

Les personnes qui vivent dans la pauvreté sont très souvent victimes de préjugés qui contribuent à les enfermer dans le cercle vicieux de la misère, alors même qu’elles sont, à en perdre le souffle, à la quête d’une chance pour s’en sortir.

Priscille, un membre du groupe des amis d’ATD Quart Monde du Cameroun disait que cette phrase du Père Joseph l’avait marquée parce que les gens très pauvres avec qui elle travaille sont tous les jours catalogués, étiquetés, jugés. Beaucoup de gens autour d’elle, et même des proches ne cessent de lui répéter qu’elle perd son temps et son énergie à essayer de récupérer ces « irrécupérables ». Ces personnes pensent que ce n’est pas la peine de donner une chance aux gens que Priscille tente de soutenir et de remettre debout.

Son témoignage montre comment dans notre société, nous refusons de donner aux personnes pauvres une chance de s’en sortir. Bien souvent en effet, les pauvres sont qualifiés d’incapables de produire de bonnes œuvres alors même que jamais l’opportunité d’essayer de produire quelque chose ne leur a été donnée.

–          Dans bien de pays, les portes de l’état civil leur sont fermées à cause du coût de l’enregistrement qui est très élevé et/ou des conditions pour le faire qui les excluent, ensuite nous disons qu’ils ne font rien pour être reconnus comme citoyens et pour avoir un statut légal.

–          Alors qu’on parle aujourd’hui d’un accès gratuit à l’éducation de base partout dans le monde, les portes de nos écoles restent fermées aux pauvres à cause de ce qu’à ATD Quart Monde on qualifie de  » coûts cachés de l’enseignement gratuit « ignorés ou tolérés par nos gouvernements, puis nous leur disons qu’ils ne se bougent pas assez pour réussir et qu’ils ne font rien pour envoyer leurs enfants à l’école.

–          Les politiques en matière d’emploi et les subventions pour la création d’activités génératrices de revenus de nos systèmes économiques excluent les plus pauvres, les particuliers refusent de les employer sur la base de préjugés : ils sont malhonnêtes, ils sont sales, ils sont paresseux… et nous leur disons chaque jour qu’ils ne savent pas chercher leur pain.

–          Nous nous montrons violents vis-à-vis d’eux au travers de nos regards, de nos paroles, de nos indifférences, et nous les traitons de délinquants et d’inadaptés sociaux quant à leur tour, sous d’autres formes, ils nous opposent la même violence.

Vivre dans la pauvreté, c’est comme se retrouver victime d’une catastrophe humanitaire. On est tellement dépouillé, tant ravagé au-dedans et au dehors que si personne ne vient à notre secours, si personne ne nous donne une chance de nous en sortir, il nous sera très difficile d’y parvenir.

Les préjugés dont sont victimes les pauvres empêchent certaines personnes de prendre des initiatives en leur faveur ou de les traiter en se focalisant non pas sur leurs apparences, mais sur l’humanité qui réside en eux autant qu’en tout homme. Cela aggrave davantage la pauvreté et renforce l’exclusion de ces personnes qui ont la vie difficile.  Lutter contre la pauvreté ce n’est pas seulement apporter de l’aide matérielle ou même financière, c’est avant tout faire taire nos préjugés qui nous empêchent de voir les pauvres comme des êtres capables de bien faire, qui nous empêchent de leur donner une chance de se libérer des chaînes la misère.

Jeanne Véronique Atsam-Monengomo- Cameroun

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