Le mythe d’une éducation pour Tous !


L’UNICEF proclame le droit à une éducation de qualité pour tous les enfants selon la Déclaration des Droits de l’Homme.  Mais bien que les droits existent, ils ne sont pas applicables car des millions d’enfants en âge de fréquenter l’école dans les pays en développement grandissent en marge de l’éducation de base.

57 millions d’enfants d’âge primaire ne sont pas scolarisés dans le monde, les filles en constituent la grande majorité d’après le rapport de l’UNESCO élaboré en consultation avec plusieurs partenaires dont l’UNICEF.

Beaucoup d’enfants ont raté leur éducation à cause des fragilités dues aux conflits et de la grande pauvreté. Nous ne pouvons plus regarder tourner les pages des calendriers et permette un tel gaspillage. Nous ne pouvons plus être témoins d’un tel gâchis.

Les institutions gouvernementales et non gouvernementales – quel que soit le pays riche ou pauvre, développé ou non développé – continuent à laisser les enfants pauvres rester analphabètes.

Les enfants vivant dans l’extrême pauvreté se retrouvent dans la rue dès leur plus jeune âge au lieu d’apprendre pour un avenir meilleur, pour sortir leur famille de la pauvreté.

Beaucoup de facteurs font que l’enfant n’est pas à l’école. Parfois les parents ne peuvent pas inscrire leurs enfants faute  d’acte de naissance.  Pendant la période de guerre en Côte d’Ivoire et dans d’autres pays d’Afrique beaucoup d’enfants ont manqué l’école. L’été dernier une vingtaine d’enfants à Bouaké se sont inscrits dans l’école de leur localité et il y a des milliers et des milliers qui n’ont même pas pris le chemin de l’école.  Les parents se battent pour que leurs enfants puissent avoir une place dans l’école. Myriam n’a pas pu faire sa rentrée faute de bancs et de tables.  Où va-t-on ? Quel avenir pour une éducation pour Tous ? Comment peut-on dire à un enfant il y a une place pour toi et à un autre il n’y a pas de place faute de banc ?

Les directeurs d’écoles ne savent plus quoi faire pour donner une place aux enfants. Mr. Didoba inspecteur de l’éducation à Bouaké parle du manque d’effectifs dans les écoles et combien c’est difficile pour satisfaire à la fois les demandes des parents et les instituteurs qui travaillent avec peu de moyens. Parfois les instituteurs ne sont pas payés pendant des mois. Il disait : « la crise a tout gâté, nous n’avons pas assez de classes pour tous les enfants. Nous n’avons pas assez d’argent pour le fonctionnement des écoles. Les parents sont aussi négligents, lorsque nous leur disons de venir inscrire les enfants ils ne viennent pas. Et puis le COGESE (c’est le groupe parents-élèves qui a pris une part de responsabilité en construisant des écoles dans leurs quartiers) ne fait plus rien. »

« Il ne suffit pas d’inscrire l’enfant à l’école, il faut aussi faire un suivi de l’enfant pour qu’il ne s’absente pas car durant la saison des pluies l’enfant ne va pas à l’école car il doit aller soutenir les parents dans les champs », témoignait Martin directeur de projet d’une association pour le droit de l’enfant.

Il est 8 heures du matin, pendant que d’autres enfants dans leur uniforme prennent le chemin de l’école, Mamadou, 8 ans part travailler dans son habit tout noir de cambouis. Il se qualifie tout fièrement « Moi je suis mécanicien de moto ! » Quel avenir pour Mamadou ! Il n’a même pas le temps de jouer avec les enfants de son âge. Il assure déjà sa responsabilité de travailleur et sera sûrement un mécanicien qualifié en gagnant sa vie à 18 ans. Il n’aura pas appris à lire, à écrire et à compter. Il sera compté parmi les analphabètes. Ses parents disent « Au moins il pourra gagner sa vie en étant mécanicien. » . Beaucoup de parents vivant dans des situations précaires voient leurs enfants apprendre un métier dès leur plus jeune âge plutôt que d’aller s’asseoir sur les bancs de l’école « où ils n’apprennent rien de bon » disent-ils ! Ils n’ont plus confiance dans une éducation de qualité pour leurs enfants.

Le problème du chômage s’ajoute à cela car les jeunes qui se retrouvent sur le marché du travail après leurs études tertiaires ne veulent plus opter pour devenir enseignant puisque c’est la « crève misère » en Afrique. Il y a des professeurs qui font deux emplois pour subvenir aux besoins de leur famille. Il y en a même qui ne sont même pas payés durant ces années de crise. « Dans les années à venir l’Afrique serait en crise dans le domaine de l’éducation à cause d’un manque d’enseignants » témoignait Tieu un jeune universitaire.

Si la Déclaration des droits de l’homme proclame une éducation de qualité pour Tous, pour des milliers de familles vivant dans la pauvreté cela reste un mythe car l’école continue à créer des analphabètes parmi les leurs.

La vision de l’éducation consacrée dans la Convention des droits de l’enfant et dans d’autres instruments des droits de l’homme reconnaît le droit à l’éducation comme le fondement de la pratique de la citoyenneté démocratique.

La révolution de l’éducation s’appuie sur deux éléments –  proclame l’UNICEF – l’accès à un enseignement de qualité et une approche fondée sur les droits de l’enfant.

Pour que l’éducation ne reste pas un mythe il faut appliquer les droits à l’éducation pour Tous. Il faut qu’il y ait une volonté politique et les ressources requises pour faire bénéficier tous les enfants du monde surtout les enfants vivant dans l’extrême pauvreté d’une éducation de qualité pour un avenir meilleur.

 

Maria VICTOIRE – Côte d’Ivoire

 

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3 réflexions au sujet de « Le mythe d’une éducation pour Tous ! »

  1. Bonjour Maria VICTOIRE, tu as parfaitement raison. Ces textes touchent les choses qui se passent dans les sociétés actuelles. Dans tous les textes nationaux et internationaux on parle de l’éducation pour tous comme une priorité absolue. En République Démocratique du Congo, les experts en planification sont allés même à élaborer des plans nationaux et provinciaux pour matérialiser ces textes. Curieusement comme en Côte d’Ivoire, ici on voit des enfants qui ont la possibilité d’étudier mais qui ne veulent pas aller à l’école. C’est normal à cet âge parce qu’il n’en connaissent pas beaucoup l’importance. Il y a aussi des jeunes qui refusent carrément d’étudier même s’ils ont cette possibilité. Par contre, on voit d’autres qui ont très envie d’y aller mais manquent des moyens. Pour certains, ne pas étudier est un choix volontaire et pour d’autres une injustice imposée.

    Malheureusement plus tard, ce sont encore ceux qui ont étudié difficilement qui accèdent plus difficilement au travail. Alors que les jeunes des familles aisées qui ont décidé de ne pas poursuivre les études peuvent se faire embauchés ou aidés par les parents; ceux des familles pauvres dont les parents se sont privés de tous pour les faire étudier n’accèdent pas au travail. Repenser la matérialisation du principe de l’éducation pour tous à mon avis doit conduire à repenser aussi les politiques de l’accès au travail. Malheureusement, dans ce deuxième aspect les actions, même les interventions gouvernementales sembleraient limitées. Il faut aussi un minimum de volonté éthique de la part de la société. MUHINDO René, RDCongo

    • Merci René pour ta réaction concernant l’article! tu as tout a fait raison il faut aller plus loin dans la réfléxion d’une éducation pour Tous et pas simplement le proclamé: Que les petits enfants ne veulent pas aller à l’école ca se comprend aussi car si l’école était intéressante l’enfant quittera bien sa maison pour aller à lécole car il ou elle sait qu’il/elle apprendra les choses de la vie; mais ce qui est malheureux comme tu dis c’est que les parents surtout les familles vivant dans la pauvreté aspirent à une éducation de qualité pour leurs enfants car elles savent très bien que c’est l’éducation qui peut les sortir de leur misère. Hélas il leur faut des générations pour vraiment réussir cela et encore lorsque ceux qui ont les places gardés ne les ont pas déjà pris! il ne faut pas être fataliste il faut continuer à se battre et à rendre public les injustices. Il faut forcer les Institutions et les governements à appliquer la loi. il nous faut des gardes fous pour appliquer les droits à une éducation pour Tous!

      • René je voudrais corriger mon erreur dans ma réponse – tu sais il est toujours un peu tard dans la soirée lorsque je rends réponse – je voudrais dire  » ce qui est malheureux c’est que beaucoup ne croient pas dans l’aspiration que les familles pauvres ont pour leur enfant. Parce qu’elles ont l’espoir qu’un jour un des leur les sortiront dans l’extrême pauvreté parce que leur enfant auront étudier.
        Une autre pensée c’est qu’en Afrique beaucoup d’étudiants dans les études tertiaires passent leur temps (beaucoup d’années) dans le campus parce qu’ils n’ont pas de travail du coup ils étudient comme tu le fais ressortir dans ton article! donc on va où avec ca? De quelle éducation pour Tous on parle! Hier on m’a fait une remarque dans l’inauguration de Jacques Aka, il y avait le propriétaire de UTB ( Compagnie de bus renommée à Bouaké) à cet événement et quelqu’un me disait  » tu vois lui il a commencé comme Mécanicien il n’a pas été à l’école et aujourd’hui il gère une grande compagnie comme UTB! bien sûr qu’il est fier et qu’il en a fait profiter toute sa famille!Je voudrais bien l’interroger sur l’éducation pour TOUS!
        Une autre conversation encore survient lors d’un repas aujourd’hui -lorsque je disais que ca fait mal de vois autant d’enfants d’âge maternel qui ne sont pas à l’école; quelqu’un me répondait,  » ce n’est pas grave l’enfant Africain est très stimulé par rapport aux enfants d’ailleurs: Mais je dis lui il est stimulé mais il ne sera pas au même niveau qu’un enfant de son âge qui aurait fréquenter l’école! Il aurait sûrement appris les choses de la vie et malheureusement au niveau de la société si cet enfant échoue au primaire il ne poursuivra pas le secondaire et il sera compté dans le rang des analphabètes.
        Dialogue a suivre!

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