Vilain petit canard…

vilain petit canardIl y quelques années, dans un atelier chant à Paris, j’ai pu vivre une « percée » vers le plus merveilleux, vers le plus beau, qui m’a bouleversé. Il y avait des gens très différents, de tous les milieux, même des personnes qui vivaient à la rue. Et moi je participais à cet atelier avec Nelly.

Dans ma vie j’ai toujours beaucoup aimé la musique, elle me porte dans les moments pas faciles, que l’on vit forcément quand on essaye de faire quelque chose contre cette pauvreté qui est, dans les pays riches, comme un enfer caché. Entendre les mélodies, les voix des chanteurs m’apporte beaucoup de force. Par contre, pour oser chanter moi-même, c’est autre chose… depuis l’enfance cela me fait trembler ! Oui, on m’a dit que je ne savais pas chanter. Je l’ai cru. Alors ma voix s’est cachée, recroquevillée, retirée en moi. Presque enterrée.

Mais dans cet atelier chant à Paris, on était face à un très grand maître, directeur de chorales et véritable passionné du développement humain, Jean-Paul Baget. Il ne cessait de nous répéter, comme un credo: « Chacun a une voix très personnelle et unique en lui !».

Nelly, elle qui a lutté contre la pauvreté toute sa vie, elle n’osait pas émettre un son non plus. Son séjour à l’orphelinat, le travail à la place de l’école… lui a coupé les ailes, a failli anéantir son intelligence… éteindre sa voix. Aujourd’hui encore, à cause de ces années d’enfermement, elle a peur d’entrer dans des lieux où il y a beaucoup de monde.

Mais à Paris, dans cette salle lumineuse où nous dansions et faisions des jeux pour nous mettre en confiance et nous rencontrer,  je l’ai vue s’ouvrir. Petit à petit son visage s’est éclairé, petit à petit elle libérait sa voix. Comme je libérais la mienne, que je découvrais en parallèle.

Naissance… Apprendre à respirer, pleurer, chanter. Apprendre à aimer aussi ces blessures et courbatures qui sont inscrites dans nos corps, et dans les cordes de nos voix. Sculpter en nous comme dans un livre unique.  Comme on peut lire et entendre une histoire dans le bois du violon.

Puis, le dernier jour, c’est Nelly qui m‘a poussé pour oser aller tout devant, à deux, chanter ensemble. Chanter : « Vo Luzern uf Weggis zue ! » De Lucerne vers Weggis, sur le bateau ! Un chant de mon enfance, de ma région.

Et là, c’était comme un voyage vers la liberté, avec les cygnes majestueux en arrière fond… Oublié les vilains petits canards qui semblaient nicher dans nos gorges.

Nelly y va parfois, sur le lac de Lucerne, quand ses (petits) moyens le lui permettent. « Ce sont des journées pour respirer, oublier », dit-elle. Et ce qu’elle aime le plus, c’est quand, sur le bateau, les concerts du festival international de musique de Lucerne sont retransmis en direct.

« C’est si beau… tu sais, dans la petite pièce où je devais travailler enfant, je rêvais de devenir danseuse de ballet », m’a t-elle dit un jour.

En rentrant en Suisse, après cette expérience puissante, elle n’a cessé d’encourager sa petite fille à s’inscrire dans la chorale des enfants de sa ville… Puis d’apprendre le piano, avec une musicienne amie… Et une année plus tard, c’est la petite qui dansait sur scène dans une comédie musicale. Elle interprétait le rôle du petit lion qui  découvre sa personnalité et ses talents !…

Noldi Christen, Suisse

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