J’ai été déçu…

la force de la vieJ’ai été déçu quand elle m’a dit qu’elle attendait un enfant pour ses 19 ans.

J’ai été déçu qu’elle arrête ses études aux portes de l’université alors que toute sa famille avait lutté de toutes ses forces au prix de nombreux sacrifices pour lui permettre d’étudier dans de bonnes conditions.

J’ai été déçu de la percevoir seulement comme une femme au foyer soumise aux bons soins de son compagnon.

J’ai été déçu de voir cette grossesse entrer dans cette problématique des grossesses adolescentes qui devient aujourd’hui un des problèmes sociaux les plus graves du Guatemala. 26 % des naissances correspondent à des adolescentes de moins de 19 ans. En 2012, il a été recensé 3100 accouchements de mineures de moins de 14 ans.

J’ai été déçu qu’elle n’ait pas attendu un autre moment de sa vie pour espérer cet enfant. Attendre pour terminer ses études, soutenir sa famille, devenir femme, montrer l’exemple, continuer à aider ses voisins, profiter de la vie…

Je me suis déçu.

Je me suis déçu en n’accueillant pas cette belle nouvelle.

Je me suis déçu en projetant sur cette jeune femme mes propres représentations personnelles sans prendre en compte son histoire de vie et familiale.

Je me suis déçu de ne pas prendre en compte non plus, cette force et pulsion de vie que représente cette grossesse au milieu de la misère qui a profondément marqué sa vie.

Je me suis déçu en la culpabilisant inconsciemment et en renforçant les préjugés qui, déjà, entouraient cette grossesse.

Je me suis déçu de n’avoir pas su comprendre combien cet enfant à venir était une chance et qu’il changerait à jamais la vie et l’avenir de ses parents : sans être un frein mais incontestablement un moteur pour aller de l’avant!

Je suis impatient de l’arrivée de ce bébé dans quelques jours et je me réjouis de continuer à cheminer avec ses parents.

Romain Fossey – Guatemala

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10 réflexions au sujet de « J’ai été déçu… »

  1. Superbe! Belle conclusion! Rien n’est complètement joué.
    Elle aura peut-être la force de faire des études plus tard si elle le souhaite?
    Je ne pense pas que ton aide ait été inutile, peut importe ce qu’elle en a fait.
    Courage!

    • Merci pour votre commentaire. Les relations et les liens d’amitié ne sont jamais inutiles effectivement. Continuons à nous rencontrer et marcher ensemble.

  2. Moi je suis déçue de voir qu’on perçoit encore ces femmes qui s’occupent de leur familles comme « juste » des femmes au foyer…

    • je suis d’accord, un enfant éduquer, aimer, sera un adulte responsable et la société en sera que plus belle, quelle beau métier renier !!

      • Merci Mel et Anne pour vos commentaires. Dans certains contextes, être femme au foyer peut également s’inscrire dans un machiste très fort et peut prendre ainsi la forme de la soumission et de la servilité. Cela est éloigné du don de soi qui permet à chacun de s’épanouir et de devenir libre ou rendre libre (une finalité de l’éducation, non?… )

      • Si c’est le cas de cette jeune maman en devenir, j’espere sincerement qu’elle sera aidée et soutenue pour casser cet état de soumission…
        Dans certains contextes effectivement la femme est soumise (meme si elle travaille cela dit), il est donc important de ne pas généraliser 🙂

  3. merci romain pour cette réflexion qui soulève la question de la clinique du subtile, du sérieux (au sens de Capgras)….
    Mais cette dialectique à mon sens n’est complète qu’avec le ressenti meme de cette femme (au delà de son vecu), accompagner cette femme au cœur de son récit de vie. Car c’est quoi une bonne nouvelle…pour qui c’est une bonne nouvelle, pour quoi c’est une bonne ou une mauvaise nouvelle…..
    de manière plus macro ce que tu souleve est aussi lié à la question du libre choix de la procreation….cette liberté de choix est interdite au guatemala ce qui pousse à accueillir toujours ces naissances comme une bonne nouvelle comme une fatalité paradoxale.

    • Je partage votre avis, Marion. En parlant de ce post avec une collègue qui travail chez le Center for Reproductive Rights, j’ai appris q’au Guatemala le contraception peut couter plus cher que la nourriture. Donc est-ce que on pourrait vraiment dire que cet femme a « choisit » d’avoir cet enfant? Particulièrement parce que multiples études ont montrer que quand les femmes ont accès a la contraception, elles ont des familles plus petites. Je ne suis pas sur…

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