Non à la double peine !

Ce n’est pas rien d’affronter les conditions de vie difficiles tous les jours. Encore faut-il, pour obtenir des moyens de survie, inlassablement raconter sa vie, remplir des dossiers. Affronter la suspicion permanente, voire l’humiliation de la générosité des autres.

Faire valoir ses droits pour obtenir un logement, inscrire son enfant dans une école, chercher un emploi, relève du parcours du combattant. Mais dans cette course d’obstacles un autre poids pèse sur les épaules : « C’est le regard des autres qui me tue » dit Annie, 30 ans, maman, seule avec deux enfants.

Beaucoup de personnes en viennent à ne plus vouloir solliciter ce à quoi elles ont droit tant cela représente à chaque fois une démarche humiliante.

«  A force d’être stigmatisée, comme je l’ai été par tous les professionnels que j’ai pu rencontrer, dit Jeannine, aujourd’hui, franchement je n’ai plus envie de les voir. Moi j’ai envie de garder ma dignité.  J’ai droit à la CMU (Couverture maladie universelle) mais j’en suis arrivée au point que depuis 6 mois je n’ai pas fait ma demande de renouvellement, je vais m’arranger de ça, je paye le tiers-payant, je paye mes médicaments plus chers. J’en ai assez aujourd’hui qu’on nous traite de « cas sociaux » ajoute-t-elle.

Elle est loin d’être seule dans cette attitude. Aujourd’hui le taux de non recours aux droits sociaux atteint des chiffres énormes. Alors que huit Français sur dix estiment qu’« il y a trop d’assistanat et (que) beaucoup de gens abusent des aides sociales», l’Observatoire national sur la pauvreté et l’exclusion sociale indiquait récemment que « les taux de non-recours aux dispositifs visant à soutenir un meilleur accès aux droits n’ont jamais été aussi élevés. 35 % des personnes pouvant  percevoir une allocation par le dispositif du RSA-socle, et 68 % pour le dispositif du RSA activité, ne sollicitent pas leurs droits. Soit un montant de près de 5,1 milliards d’euros par an, non versés aux intéressés. Ce même rapport estime le taux de non-recours pour l’accès aux soins (CMU-c) entre 10 à 24 %, et à 60 % pour les personnes étrangères qui pourraient bénéficier de l’Aide médicale d’Etat (AME). »

« Quand les dispositifs se révèlent aussi inefficients ce n’est plus une question de comportements individuels mais bien une faillite du système » indique Véronique, assistante sociale. Pour beaucoup, le respect de la dignité passe bien avant la satisfaction de besoins pourtant élémentaires.  La dignité c’est ce qui fait l’homme, dit-on. Elle est souvent bafouée… Tel ce récit vécu dans une grande ville du Sud Ouest de la France. «Un dimanche soir à minuit, j’étais sans voiture alors que mon petit fils avait 40 de fièvre, j’ai appelé le SAMU et ils m’ont dit de l’amener à la maison médicale du Pont Neuf. Quand je suis arrivée, le docteur nous a reçus sans un bonjour ni rien, la seule chose qu’il m’ait demandée après lui avoir exposé pourquoi on venait c’est si on avait de l’argent pour payer la consultation. J’ai été choquée, je lui ai dit que ma fille avait une mutuelle et elle lui a montré les papiers de la mutuelle, mais il n’a rien voulu savoir. Il a attendu que ma fille aille retirer de l’argent au distributeur et ce n’est qu’à ce moment-là qu’il a commencé à ausculter le petit, il n’avait pas voulu le toucher avant. J’ai ressenti l’inégalité parce qu’il nous a jugés sur notre apparence alors que le petit était en grande souffrance. »

Face à cette stigmatisation, il est temps de réagir. Etre discriminé pour raison de précarité ou raison sociale doit être sanctionné. C’est le sens de la pétition lancée par plusieurs organisations en France dont ATD Quart Monde.

Pascal Percq – Lille -France

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2 réflexions au sujet de « Non à la double peine ! »

  1. Texte nécessaire, merci de l’avoir écrit . Et pétition que j’ai signée.

    Cependant , une expression m’a choquée en début de lecture : « l’humiliation de la générosité des autres ».
    Si la générosité, cet élan du coeur, devient porteuse d’humiliation pour qui en bénéficie, alors … plus rien ne va en ce monde ! Et dès lors, que pouvons nous faire … ?
    Je pense que de même qu’il faut savoir donner sans rien attendre en retour, il faut aussi savoir recevoir sans rien avoir à rendre en retour. Que dans un cas comme dans l’autre, ceci n’a rien à voir avec un problème social mais avec un travail intérieur, en soi.

    Emmanuelle GAUDINOT

  2. Merci de l’avoir signée.
    Effectivement cette phrase peut surprendre, voire choquer. J’ai en mémoire cette réflexion d’une maman contrainte de chercher du secours aux distributions alimentaires et qui nous dit « j’ai eu la honte de ma vie quand j’ai reconnu que celle qui me donnait le colis était l’institutrice de ma fille ». Générosité et engagement d’un coté, humiliation de l’autre, toute une stratégie pour préserver une dignité mise à mal. Il faudrait beaucoup de dialogue pour dépasser tout cela. P.P.

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