Personne pour pleurer, personne pour se réjouir…

Le 6 juillet dernier, un train composé de 72 wagons et chargé de pétrole est stationné pour la  nuit sur une voie ferrée. Le chauffeur est parti se reposer comme il est prévu. Pour une raison encore inconnue à ce jour, le convoi ( sans chauffeur ) a commencé à s’ébranler, à dévaler une pente, à prendre de la vitesse pour aller s’écraser et exploser en plein centre d’une petite ville, située quelques kilomètres plus loin, Lac-Mégantic. C’est à environ 250 kms de Montréal.

Le coeur de la ville a littéralement été soufflé, il n’existe plus. Une vraie scène d’apocalypse. Douze jours plus tard, les victimes ne sont pas encore toutes sorties des décombres, à cause des dangereuses émanations qui s’échappent toujours des wagons. 2000 personnes ont été évacuées.

Les victimes ne sont bien évidemment pas identifiables. Il a donc été demandé aux proches de ceux qui sont sans nouvelles de quelqu’un, de rencontrer le coroner (1) afin d’apporter des traces tangibles permettant l’identification. Mais qu’adviendra-t-il de ceux et celles qui sont seuls, sans famille, ceux et celles que personne ne « réclamera ».

A l’heure où tout le monde cherche un coupable et au milieu de tous les témoignages très dramatiques rapportés par les journalistes, un d’entre eux a osé penser à ceux dont on ne parle pas. Le 10 juillet dernier, dans le journal francophone du Québec, La Presse, Pierre Foglia, pense aux sans voix, aux sans famille, à toutes les victimes de ce drame affreux :

…….Il semble donc qu’en fermant le moteur de la locomotive (pour éteindre l’incendie mineur qui le menaçait), on aurait désactivé le système de freinage et que le train serait parti tout seul vers Lac-Mégantic.

Que ce soit ça ou autre chose, on va finir par arriver à l’employé, le pompier, le chef d’équipe, le conducteur, l’opérateur, à l’humain qui a commis l’erreur humaine. Pauvre homme !….

Sont assis sur les bancs devant la polyvalente (2). Ils fument une cigarette en se passant le Journal de Québec. La grande majorité des 2000 évacués avait trouvé à se loger chez des parents,  des amis. Ceux-là n’ont ni parents, ni amis, ni conjoint, des fois un chat, un chien.

Ils ont tout perdu. Ils n’avaient rien, c’est vrai, ils l’ont perdu quand même.

J’habite dans cette maison, un deux et demi, au deuxième, me dit Corinne en mettant son doigt sur la photo du Journal. Elle est encore debout, mais il paraît que tout a fondu. Vous êtes seule? Ah non, j’ai Lulu, hein, mon amour ? Elle serre un petit chien blanc à bouclettes dans ses bras en répétant hein, mon amour ?

Je peux vous poser une drôle de question, Madame Corinne? En ce moment, on demande aux parents des disparus de se présenter pour un prélèvement d’ADN à des fins d’identification; vous, si vous étiez dans les disparus, qui se serait présenté?

Personne. Pas d’enfants, pas de mari, j’avais une soeur et elle est morte. Des amis? Ça marche pas pour l’ADN, les amis ! Elle rit. De toute façon, je n’en ai pas non plus.

Sont assis sur le banc de la polyvalente, fument une cigarette, ne sont pas disparus, mais n’ont personne vraiment pour s’en réjouir…….

Bernadette Lang –  Montréal – Canada

1 Officier de police judiciaire

2 école secondaire

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Une réflexion au sujet de « Personne pour pleurer, personne pour se réjouir… »

  1. merci Bernadette c’est juste tellement humain,tellement simple,vrai que chacun,qui que l’on soit peut faire du lien avec sa vie,ceux qui l’entoure et s’humanisé plus encore….

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