Les 3 refus

Je pense que comme beaucoup, je m’interroge, j’interroge le militant que je suis, et je me remets en question.  Ce n’est pas facile.

Les questions les plus fréquentes :

Pourquoi, après avoir vécu tant d’années dans l’exclusion, la pauvreté, aujourd’hui ne puis-je tourner la page ? Qu’est ce qui fait que je me sens autant solidaire de ceux dont je lis les témoignages sur les blogs, dans des articles de journaux, ou lors de rencontres ? Comment prendre encore ma part des combats de familles vivant dans la précarité la plus extrême ? Pourquoi, après 20 ans d’action, suis-je en colère comme au premier jour ? En fait, pourquoi est-ce que je crois à ce combat ?

Je venais d’avoir un enfant, lorsque j’ai appris, devant la dalle en l’honneur des victimes de la misère sur le parvis du Trocadéro à Paris, les circonstances de la mort d’un enfant de 3 ans (Guy F.) dans 30 cm d’eau. Ce qui pour beaucoup n’était qu’un fait banal, a été pour moi, en tant que père de famille, déclencheur d’une révolte qui encore aujourd’hui reste intacte.

Mon combat n’est pas contre le racisme, ni contre telle ou telle injustice. Tous ces combats je les respecte, et dès que je peux les soutenir, je le fais. Mon combat à moi, est contre l’indifférence. Ce choc de l’indifférence m’a bouleversé et me bouleverse encore.

Haïti par exemple : le monde entier a pleuré après le désastre qu’a subi ce pays. La communauté internationale s’est mobilisée, et, du plus riche au plus pauvre, des dons, de l’aide ont été promis (parfois apportés) pour aider tout un pays confronté à un tel désastre. Trois ans après, Haïti et sa population, ne font plus la « une » des journaux. Une très grande partie de la contribution mondiale pour aider ce pays à se reconstruire n’arrivera jamais, dans l’indifférence générale.

Je n’oublie pas non plus certains quartiers de la Nouvelle Orléans aux Etats-Unis, ni les familles vivant sous les ponts en Thaïlande, ni ce qui se passe dans certains pays d’Afrique, parce que la vie – ma vie – a fait que j’ai rencontré ce « quart monde » dont je fais partie.

Et si, malgré nos situations de misère et d’exclusion qui séparent nos familles, qui nous affaiblissent, qui nous rendent malade, qui nous font parfois mourir, rien n’était pire ni plus mortel, en définitive, que l’indifférence du monde vis-à-vis des plus faibles ?

C’est pourquoi, jusqu’à la fin de mes jours, mon énergie et mon action de militant seront axées sur ce que disait en 1977, Joseph Wrésinski, proclamant que le Mouvement ATD Quart Monde est fondé sur 3 refus :

-Le refus de la fatalité de la misère. Nous n’acceptons pas qu’on puisse dire que la misère est fatale, qu’il y aura toujours des gens qui vivront dans la pauvreté quoi qu’on fasse. Cela, nous ne l’acceptons pas, parce que les pauvres ne l’acceptent pas.

– Le refus de la culpabilité de ceux qui vivent dans la misère. C’est quelque chose qui revient, après les quelques années d’embellie économique dans nos pays : on dit les pauvres coupables et responsables de leur situation, qu’ils sont des profiteurs, des marginaux… Cela on l’entend de nouveau.

– Le troisième refus, c’est le refus du gâchis spirituel et humain qu’entraîne le fait de vivre dans la misère. On ne peut pas accepter que des enfants, que des femmes et des hommes, voient leur humanité complètement gâchée parce qu’ils ont vécu dans la misère.

Ces trois refus donnent de la force pour agir ensemble.

Thierry Rauch – France

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Une réflexion au sujet de « Les 3 refus »

  1. Thierry, aujourd’hui 14 février 2014, nous t’accompagnons au cimetière avec ces mots qui résonnent en tête. Merci de nous redire l’essentiel.

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