Vive la fatigue !

Ce soir là, Alex, 19 ans, est rentré chez lui crevé, le dos cassé, d’avoir refait en une journée le pavage d’une terrasse. Epuisé… mais heureux. « Aujourd’hui j’ai travaillé et c’était bon, dit-il. C’est normal d’être fatigué après une journée de travail. » Et pour la première fois depuis bien longtemps : il a bien dormi !

Les autres jours, comme ses copains, il traine. Il rumine et se ronge le frein. Du boulot, il en redemande. A cor et à cris mais n’en trouve pas. C’est son obsession. Il diffuse partout ses petits messages. De vrais appels SOS. Du courage il n’en manque pas. Du savoir faire à revendre ! Dégourdi comme quatre, rien ne lui fait peur : monter un mur, abattre des arbres. La maçonnerie, le jardinage, tailler les haies, monter des meubles, déménager les bureaux ou les particuliers : il sait tout faire.

Mais personne ne veut de ses bras. Il sait qu’il n’est pas cher. Il calcule son prix au plus juste. Pour lui ça n’est pas là le problème. Il travaille « au black » au besoin mais ça ne suffit pas pour qu’on l’embauche. Aucun chef d’entreprise, aucun artisan ne s’intéresse à Alex. Et ils sont des centaines, des milliers comme Alex.

Comme lui ils sont 900 000 entre 16 et 29 ans en France à être « sans rien » : sans formation, sans diplôme, sans travail.

Plus de six millions de jeunes au chômage en Europe et 14 millions sans emploi, sans formation, sans apprentissage. Rien. En Europe un jeune de moins de 26 ans sur quatre cherche un emploi. C’est plus d’un sur deux en Irlande, Slovaquie, Italie, Espagne et au Portugal. Le chômage des jeunes actifs de moins de 25 ans atteint des records, le double de celui des adultes : 26,5% en France, 40,5% en Italie, 56,4% en Espagne et jusqu’à 62,5% en Grèce. L’Allemagne fait figure d’exception, avec un taux à 7,5%. Un gâchis humain. Alors que c’est à cet âge que ces jeunes devraient être pleins d’enthousiasme pour entrer dans la vie « active » !

Un sommet européen doit se préoccuper de cette situation dans quelques jours… Il est grand temps ! «Peut-on laisser cette absence de perspective, cette rancœur, cette rancune?», se demandait il y a quelques jours François Hollande, le président de la République en France inquiet des risques de «rupture d’une génération».

Bernadette Ségol, secrétaire générale de la Confédération européenne des syndicats, n’en dénonce pas moins la mollesse de l’Europe face à un tel fléau qui ravage tout le continent.

Lors du sommet européen des 27 et 28 juin à Bruxelles, suivi d’une rencontre des ministres à Berlin, l’objectif serait de se coordonner et de prendre des mesures concrètes. Pour aider les jeunes à trouver un emploi, un plan prévoit une enveloppe d’environ six milliards d’euros.

On peut s’en féliciter mais on voudrait pour autant être certain que ces mesures parviendront… jusqu’à Alex et ses amis !

Et qu’enfin Alex revienne régulièrement le soir chez lui… fatigué pour de bon, et non d’avoir couru pour rien !

Pascal Percq – France

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