Un ami qui me manque

RenéRené me manque. Je pouvais toujours l’appeler, quelle que soit la question que j’avais. Il avait une oreille ouverte et il prenait le temps. Parfois il m’indiquait des adresses utiles si nous ne trouvions pas de réponses. Souvent nous buvions simplement un café ensemble et cela nous faisait du bien à tous les deux. Mais maintenant le téléphone reste muet. Il y a un grand vide, un vide absolu. Et avec le temps on se rend encore davantage compte de la perte : un interlocuteur n’est plus là, quelqu’un qui nous écoutait vraiment même quand nos opinions étaient opposées. De telles personnes sont rares.

Après son décès, grâce à un professeur qui l’avait bien connu, un article sur ses activités d’auteurs est paru dans le BAZ, journal de Bâle. La photo qui l’illustrait m’a beaucoup touchée. On le voit dans la clinique de soins palliatifs avec son « amie madame la chienne » et ils se regardent tous les deux dans les yeux. Un jour, en signe de reconnaissance, il m’avait offert une photo de cette chienne qui lui était si fidèle…

Il y aurait beaucoup à dire sur l’homme qu’était René. On ne sait pas où commencer et où s’arrêter. En pensant à lui je me dis, une fois de plus, qu’on n’a jamais fini de connaître une personne.

Il n’a pas eu une vie facile. Sa mère devait trimer comme femme de ménage et n’avait pas beaucoup de temps à lui consacrer. De son beau-père, il recevait surtout des coups et c’est pourquoi il fuguait souvent de la maison. Ainsi il atterrit rapidement en institution, puis plus tard, comme beaucoup de ces enfants-là,  en maison de correction et en prison. Mais dans ces lieux, il s’est mis à beaucoup lire et devint par la suite un auteur.

Toute sa vie il a voulu être quelqu’un d’autre, un instituteur, un politicien, un artiste… et il a voulu s’instruire tout au long de sa vie. Cette soif était profondément ancrée en lui et il essayait de l’assouvir. Il voulait connaître l’art et passait beaucoup  de temps dans les musées. Et il écrivait. Il racontait des histoires de sa vie, qu’ensuite il imprimait et reliait artistiquement. Puis il vendait ses œuvres à des amis et connaissances.

Et pourtant  on remarquait, surtout quand il parlait, qu’il ne pouvait pas toujours être celui qu’il aurait voulu, un de la couche supérieure… appartenir à ceux « d’en haut ». Et à mes yeux, il pensait déjà trop souvent comme eux. Il ne parlait plus le même langage que le pauvre. J’y suis très sensible et cela m’inquiète, car tout en voulant légitimement sortir de la pauvreté, on ne peut pas renier d’où l’on vient et surtout pas trahir ceux qui restent plus « bas » que toi.

Bien sûr quand tu grandis dans la pauvreté et que tu n’as personne pour t’épauler, tu cherches un appui auprès d’autres personnes dans la société, c’est normal. Cependant, il n’y avait pas toujours une place pour René dans la « couche supérieure » et parfois il était traité comme un « intrus » une « pièce rapportée » . Cela me faisait mal de voir cela. Mais la société ne te donne pas une place simplement comme ça…

Rester profondément soi-même tout en s’alliant à d’autres, me semble un très grand défi pas facile à relever !

Nelly Schenker et Noldi Christen –  Bâle –  (Suisse)

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