Il y a des compétences qu’on n’exploite pas

Emile 3On voit beaucoup dans nos sociétés : conceptions et doctrines, théories et  pratiques issues des débats controverses où les « plus faibles » sont exclus. Heureusement, chacun a la liberté de prendre une position  proche des réalités et situations qu’il connait.

Pour ne citer qu’un exemple, à Bukavu, en République Démocratique du Congo, certaines entreprises placent les candidats devant des conditions (certaines exigeant d’avoir un minimum d’argent) qui barrent la route à celles et ceux qui pourraient se rendre utiles à la communauté.

Pour d’autres organisations préoccupées du développement solidaire, cela  revient finalement à « rendre inutilisables certaines compétences » alors que l’émergence d’une communauté dépend de la manière dont les capacités de ses membres sont prises en compte.

Depuis 13 ans,  l’Association «  les Amis de l’organisation ‘ Agir Tous pour la Dignité ‘ », de Bukavu  fait l’expérience de confier des tâches importantes à des personnes dotées de peu de moyens. Emile, un de ses membres en témoigne : «La misère n’a pas de cible ou de  race, sinon on  verrait une seule race ou une  seule catégorie de population (les enfants, les femmes ou les hommes) en souffrir. Voila pourquoi les efforts de tous ont leur valeur dans la lutte contre la misère…Les enfants sont parvenus à mobiliser la communauté…Le premier jour, les jeunes ont terrassé la parcelle et les adultes ont pris conscience que la tâche leur revenait. Ils se sont aussi mobilisés, chacun apportant son soutien, et les travaux ont démarré. Ensemble nous avons fait beaucoup et nous avons créé le « groupe des familles solidaires ». Une fois le mois, nous réfléchissons ensemble sur nos problèmes et nos réalités. Pour chaque action, il y a une responsabilité pour chacun et cela contribue au développement de la communauté.

Le 4 Mars le curé m’a envoyé une note et une  clé, en me confiant ainsi la gestion de la borne fontaine commune. C’était comme un rêve parce que  je n’imaginais pas qu’un docteur en théologie pouvait aller jusqu’à confier une responsabilité aux plus pauvres. Au début j’avais peur ; la peur et la honte d’être humilié devant tout le monde. Il existe une honte (humiliation) habituelle et normale et une autre qui écrase. La mienne était engendrée par la précarité de la vie et les jugements de certaines personnes qui me poussaient à croire que j’étais incapable. Je pensais qu’il fallait quelqu’un de plus connu, de  « respectable », quelqu’un de plus fort, qui saurait parler aux femmes et aux enfants qui viennent puiser tous les matins. Souvent, il y a des altercations entre elles et le responsable en « paie le prix ».

Le mois passé chaque responsable de la borne fontaine a présenté le rapport financier et j’ai été surpris d’avoir été le plus honnête en gestion financière.

Pour le moment je m’habitue petit à petit aux gens. Je  réalise que faire intervenir les plus pauvres dans les actions fait gagner leur confiance envers la communauté…Si je meurs aujourd’hui je suis certain que mon nom restera gravé dans les mémoires de gens. La reconnaissance de la dignité d’une personne valorise les compétences que certaines conditions écrasent ».

René MUHINDO – Bukavu – (République Démocratique du Congo)

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