Des excuses ?

François Jomini

François Jomini

Le 11 avril 2013, le gouvernement suisse invitait pour une commémoration pour toutes les victimes de la coercition à des fins d’assistance. Parmi elles tous ces enfants placés de force dans les années 1920 à 1970, et en partie chez des paysans, pour y travailler. Quelques  cantons ont déjà présenté leurs excuses pour les injustices commises à l’égard de ces personnes. Mais le placement d’enfant pèse encore aujourd’hui sur des familles parmi les plus pauvres du pays. C’est une histoire pas terminée…

Je suis très proche d’un couple à qui l’on a enlevé l’enfant dès sa naissance. L’assistante du médecin a téléphoné à l’Office de la jeunesse et leur a dit qu’une « handicapée mentale » avait donné naissance à un enfant. Le père présent pourtant, n’a pas été pris en compte, il n’inspirait pas confiance et le couple n’était pas marié.

Mon amie raconte : « On m’a fait une césarienne et je n’étais pas encore remise de la narcose, que déjà on parlait d’avoir trouvé une famille d’accueil pour l’enfant. J’étais en état de choc et, dans ma colère, je leur ai lancé à la tête les pires injures. Plus tard je me suis excusée, même si mon désespoir et ma rage ne s’étaient pas calmés.

Aujourd’hui, avec un avocat, je me bats encore et toujours pour que mon partenaire et moi puissions reprendre notre enfant. Nous nous battons aussi pour que le père ait l’autorité parentale, comme moi. Je me fais du souci pour ma santé, et si je venais à disparaître, nous ne voudrions pas que des étrangers obtiennent la garde de notre enfant si le père était encore là. Il faut donc qu’il obtienne l’autorité parentale, lui aussi.

Toutes ces démarches auprès de la justice coûtent. Chaque document, chaque requête coûte et pas des clopinettes, mais beaucoup d’argent. Et cela devient très difficile de « mendier » de l’argent un peu partout. Le droit devrait être de notre côté et ne pas dépendre de l’argent !

Le Conseil fédéral veut présenter ses excuses aux « Verdingkinder » (littéralement « enfants mis au concours, enfants chosifiées ») des années 1920 à 1970. Mais à nous, à quoi ça nous sert ? Ils enlèvent quand même encore toujours les enfants aux pauvres !

On m’avait bien proposé d’aller vivre avec mon enfant dans un foyer pour mère et enfant. Pour notre fils, nous voulons être présents comme parents tous les deux. Mais de tels lieux d’accueil pour père et mère n’existent pas.

On ne nous donne aucune chance de devenir des parents. Nous aimons notre enfant. Nous voudrions l’accompagner et le voir grandir, connaître ses bobos, ses rires… et tout simplement apprendre tout ce qu’il faut pour devenir de bons parents.

Quand un enfant est aimé, il faudrait qu’il puisse grandir auprès de ses parents.

Nous n’y pouvons rien si notre scolarité n’a pas été la plus soutenue. Malgré tout, nous ne sommes pas moins intelligents que beaucoup d’autres, mais certes moins chanceux. »

Nelly Schenker avec Noldi Christen – (Bâle – Suisse)

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