« L’autre guerre »

GuateBD Au Guatemala, l’année scolaire commence en janvier pour se terminer en octobre. En visitant un quartier populaire de la capitale la semaine dernière, je me suis surpris à féliciter des adolescents qui travaillaient. Ils consacrent leur journée à trier des déchets à recycler : différents types de papiers ou journaux, bouteilles en plastique ou verres. Je les connais bien et nous avons pu parler ensemble. Ils ne peuvent pas aller à l’école : décrochage scolaire, inadaptation de la scolarité (comment comprendre de redoubler trois fois la même classe ?), frais de scolarité trop importants. Durant ma visite cette matinée-là, j’ai salué 10 jeunes qui n’ont pas accès à l’école.

Après réflexion, je me suis senti affligé d’avoir dû complimenter ces adolescents. A l’âge auquel ils devraient bénéficier de l’éducation scolaire, se concentrer sur leurs loisirs, leurs amis ou leurs premiers amours, ils doivent déjà assumer les contraintes du monde du travail et la réalité de leurs familles qui luttent pour survivre et gagner leur nourriture quotidienne.

En d’autres occasions, j’ai eu le privilège de passer du temps avec quelques uns d’entre eux. Nous avons pu rire, jouer, bricoler ou parler ensemble. J’ai entendu leurs souffrances ou les malheurs qui ont déjà jalonné leur courte existence : tous ont déjà été témoins, par exemple, d’assassinats ou de morts violentes dans leur quartier ou leur cercle familial ou amical.

Dans le même temps, ces adolescents sont riches de vie : ils rêvent, veulent apprendre à lire, à écrire, à peindre… Comme tous les jeunes dans nos différentes sociétés, ils sont fragiles mais veulent découvrir le monde et y trouver leur place.

Le lien suivant permet d’illustrer mes propos et peut vous permettre de découvrir une facette du Guatemala sous la forme originale de la Bande Dessinée. Vous découvrirez des vignettes liées à une partie de la jeunesse guatémaltèque ou au phénomène des bandes et « Maras » qui les touche de plein fouet.

Au Guatemala, la violence est présente. La violence de la misère frappe durement. Celle-ci est forte et amplifiée par le contraste si important que l’on peut voir dans tous les espaces de la société guatémaltèque:

• un taux de malnutrition important malgré d’énormes ressources économiques et naturelles,
• une démocratie gangrénée par la corruption du pouvoir économique et dans le même temps une société civile dynamique avec une volonté de changer les choses,

• dans la capitale, à quelques kilomètres de distance, des zones « rouges » stigmatisées et des quartiers résidentiels ultra sécurisés et privilégiés…

• un système d’accès à la santé, à l’éducation ou à la culture à « deux, trois ou quatre vitesses » en fonction de la capacité économique de chaque citoyen.

En repensant à cette matinée, mes sentiments se bousculent : je reste affligé et indigné mais aussi, après réflexion, fier que ces jeunes puissent, de par leurs efforts immenses, résister à la violence de la société dans laquelle ils évoluent et qui ne leur offre que d’infimes opportunités. Travailler reste leur dernier rempart pour survivre et exister ! Ne sont-ils pas aussi « en guerre » ?

Romain Fossey  (Guatemala)

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