Le progrès technologique, sans partage ni progrès moral, ne fait pas reculer la misère !

Notre société est en crise. Cette crise n’est pas seulement économique, elle a surtout envahi l’espace mental des êtres humains. Dans cette crise profonde où la misère des peuples se fait de plus en plus intense, et la quête de la dignité humaine plus que d’actualité, une réflexion sur les valeurs sensées structurer nos êtres et nos agirs prend tout son sens.

Au contact d’autres étudiants en « Droits de l’Homme », je réalise encore plus fort combien l’invocation de la « dignité humaine » peut rester un vain mot, là où les droits humains, en tant que système de protection des êtres humains contre toutes les formes de violence[1], ne sont pas respectés.

La dignité humaine s’enracine dans la capacité des humains à satisfaire leurs besoins les plus élémentaires ; elle ne peut en être dissociée. Le « progrès » au sens large du terme, sensé accroitre cette capacité des Hommes à trouver les choses nécessaires à leur existence, n’a pas vraiment réussi sa mission en ce sens qu’il apparait aujourd’hui, à bien des égards, comme cette médecine qui fait certes de grands « bonds en avant » mais laisse beaucoup de malades agonisant dans leurs lits. Et quand parfois, grâce au progrès, on arrive à produire suffisamment pour tout le monde, c’est un autre facteur qui vient maintenir une bonne partie des humains dans une misère criarde : le mauvais partage. Dans nos pays sous développés, cette pratique est à l’origine de la misère des peuples. Saint Ambroise disait : «Le pain que tu gardes appartient à ceux qui ont faim, les vêtements que tu caches appartiennent à ceux qui sont nus et l’argent que tu enfouis est le rachat et la délivrance des malheureux. ». Ainsi, on peut considérer que les biens que certains possèdent en surabondance à cause du mauvais partage, « appartiennent » aux pauvres.

L’homme moderne a une conscience très aiguë de ses droits : son droit à la vie, son droit au logement, à un travail, au bonheur…, et il se bat pour ces droits.  Mais comme disait Emmanuel Levinas, et avec lui nous voulons dire : les droits de l’Homme ce ne sont pas NOS droits, mais plutôt les droits des autres dont nous sommes responsables car, nous n’existons que parce que les autres nous « donnent » d’exister ! Nous le disons parce que nous pensons que si chacun se sent un peu responsable des autres, il y aura moins d’injustice, un meilleur partage, et moins de misère.

L’histoire est une série de changements vers le mieux, une suite de révolutions pour améliorer cadres et conditions de vie. Comme il progresse dans le domaine de l’art, de la science et de la connaissance, il est nécessaire que l’homme progresse dans le domaine éthique, vers plus de justice et d’équité. Ces acquis moraux sont aussi nécessaires que les acquis techniques et matériels, pour vaincre la misère aujourd’hui.

Jeanne-Véronique ATSAM (Cameroun)


[1] La misère étant entendue ici comme une forme de violence faite aux humains

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2 réflexions au sujet de « Le progrès technologique, sans partage ni progrès moral, ne fait pas reculer la misère ! »

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