Vivre derrière les murs

Depuis quelques mois j’accomplis une (petite) partie de mon temps d’enseignant de français, en maison d’arrêt.

J’y ai beaucoup appris : d’abord que même si je travaille en prison j’ignore toujours ce qu’est vraiment l’incarcération. A tous ceux qui me disent, mi-admiratifs, mi- curieux, que c’est formidable ce que je fais, je tiens à répondre que ce qui est difficile, ce n’est pas de travailler en prison, mais d’y vivre.

J’ai découvert ensuite le bonheur de partager un temps de savoir avec ces hommes qui souffrent tant de l’isolement, des liens rompus et d’un avenir si brumeux pour ne pas dire ténébreux pour certains. Dans ces conditions, même si l’assiduité aux cours et le fait de passer un examen peuvent valoir quelques remises de peine, la principale motivation à travailler, écouter et apprendre ne peut être que personnelle et intime. Or semaine après semaine, je suis impressionné du travail consenti et des efforts fournis par ces prisonniers, et marqué par le contraste avec les jeunes collégiens que j’ai le reste de la semaine et qui ont tant de mal à donner sens au savoir.

Je garde en moi la douleur de voir comment la prison peut abimer l’être : lors d’un cours sur le passé, en décembre, je leur demande à titre d’exercices d’écrire une série de « je me souviens » sur leur année 2012 ; et personne n’écrit rien… Deux détenus finissent par m’expliquer gentiment que c’est normal, qu’ils n’ont pas de souvenirs puisqu’ils étaient incarcérés en 2012 !… Prison, négation de la vie ?

Comme dit un détenu : « en prison le plus dur c’est de vivre les choses au quotidien, jusqu’à en perdre ses repères. »

Enfin je veux témoigner de la culture et de la poésie de certains de ces hommes, qui deviennent manifestes lors des petits exercices d’expression que nous faisons régulièrement: un seul exemple :

« Je suis en colère et en galère

J’ai aimé, détesté

Il ne reste qu’à prier

Misère, galère, prière »

                Oui la prison c’est la misère dans le coeur et la misère sous les yeux; heureusement qu’il reste la liberté de lever les yeux vers le ciel…

Sébastien Billon  (Angers –France)

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