Est-ce toujours « les riches » qui donnent et « les pauvres » qui reçoivent ?

 

Avec l’hiver vient le cortège des collectes, des distributions alimentaires, l’ouverture des restos du coeur, des places d’hébergement d’urgence…. Comme toujours, il y aura d’un côté,les plus pauvres, les personnes en situation de précarité qui vont recevoir, et de l’autre, ceux qui donnent, ceux qui distribuent.

Des milliers de bénévoles d’associations vont être encensés par les media pour leur solidarité, leur courage, leur engagement auprès des pauvres. Ils seront mis, comme tous les ans, sur le devant de la scène « C’est formidable ce que vous faites, pourquoi le faites-vous, comment ça aide cette population? »

J’ai envie de hurler ma gêne, ma honte. Je n’en peux plus de voir que l’on est incapable de reconnaître que, grâce aux pauvres, on donne du sens à sa vie, d’avouer combien il est gratifiant d’être celui qui donne, d’admettre qu’aider les autres peut aussi aider à soulager sa conscience, à être en paix avec soi-même. Les bénévoles, quels qu’ils soient, ne sont pas des héros! Les héros, s’il y en a, ce  sont les pauvres, ceux qui résistent, au quotidien, à la violence de la misère. Ce sont eux, « les receveurs », qui nous font don de cadeaux inestimables, de douceur, de profondeur, d’humanité sans pareil.

Paul vit dans la rue depuis 10 ans. Nous nous rencontrons et parlons souvent. Hier Paul m’a dit « T’es comme moi, t’es pas comme tout le monde ». Je lui ai dit « ça veut dire quoi au juste? » et il m’a répondu : « ton coeur n’a pas envoyé de signal à ta tête pour qu’il me raisonne,(il a épelé le mot raisonne). Ton coeur a résonné (et il a épelé le mot) chez moi, dans ma vie. Tu comprends que ça ne fait pas le même effet ».

Merci Paul de me reconnaître capable de recevoir ce que porte ton coeur.

David et Anita vivent dans une grande pauvreté. Le logement qu’ils habitent est insalubre, leurs 4 enfants viennent d’être placés. Pour survivre, ils décident de se séparer. A chaque rencontre, ils m’accueillent avec le sourire, une force calme, la volonté de croire en l’avenir, l’espoir de changements. Merci à vous deux de m’apprendre la patience, la tolérance, l’espoir que l’on se doit de mettre dans l’autre, dans la vie.

Guillaume, cela fait 6 ans qu’il vient à l’Université Populaire [1]. Jamais il n’a dit un mot, juste sa présence, parfois un sourire, un regard. Il y a un mois, lors de la dernière réunion, Guillaume a levé la main et pris la parole. Guillaume, tu m’apprends à ne jamais lâcher personne, à continuer encore et encore à croire en celui qui ne dit rien « ce n’est pas parce que je ne disais rien que je n’avais rien à dire, j’avais peur ». Merci Guillaume.

Et je pourrai parler de Caroline, d’Angèle et de tant d’autres qui en m’ouvrant les yeux et le coeur sur leur réalité m’ouvrent aussi les yeux et le cœur sur la réalité de tous les humains.

C’est avec tous les Paul, David, Anita, Guillaume…de la terre que j’apprends, que je grandis, que je m’améliore, que je deviens bien plus humble. Disons le partout autour de nous, aux medias. Osons dire ce que nous recevons « des pauvres ».

Martine Lecorre (Caen – France )

[1] Fondées par le Mouvement ATD Quart Monde, ce sont des lieux de dialogue et de formation réciproque entre des personnes qui vivent dans la précarité et des personnes qui ne vivent pas dans cette situation et qui veulent apprendre à lutter contre la misère avec ceux qui la vivent.

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