De l’accompagnement au compagnonnage

Je participais récemment à une table ronde d’un conseil général sur l’accompagnement et le partenariat pour les plus démunis: étaient présents représentants des collectivités (mairie, département, Centre communal d’action sociale), des caisses d’allocation familiale et autres mutualités. J’ai été frappé lors de cette rencontre par le discours très convenu et institutionnel des participants, chacun essayant de mettre en avant ses initiatives et ses bonnes relations avec les autres professionnels ou associations.

Quand j’ai pu prendre la parole il m’a semblé utile de rappeler:

1/ que dans l’accompagnement socio-professionnel, judiciaire ou éducatif,qu’il s’agisse d’une mesure de tutelle, d’un placement d’enfant ou d’un accompagnement vers l’emploi, les personnes ne choisissaient ni l’accompagnement ni l’accompagnant. Pire cet accompagnement, présenté par les professionnels comme une chance, fait souvent sentir aux personnes dans un premier temps l’incapacité d’agir seul. Quant à l’accompagnant, non choisi lui non plus,il est souvent vu d’abord comme un professionnel qui a du pouvoir, qui peut décider et agir sur la vie des accompagnés sans que les personnes aient les moyens (ni le langage, ni les relations, ni la solidité morale et sociale) de traiter d’égal à égal avec lui

2/ que pour surmonter cette différence qui est souvent une défiance il faut :

– du temps : dans l’accompagnement social ou éducatif, souvent les professionnels manquent cruellement de temps pour écouter et rencontrer la personne au-delà du problème à régler. Pire l’accompagnant peut être remplacé du jour au lendemain pour mutation, congé maternité ou maladie…Or nous découvrons en association que pour parvenir à faire confiance à, à se faire comprendre de, les personnes les plus maltraitées par la vie ont besoin de temps : temps de rencontre, de travail, mais aussi temps pour se connaître en temps que personne et être bien ensemble : ce peut être autour d’un café, à un spectacle ou lors d’une journée partagée à la mer

– de la reconnaissance : on n’a pas le droit de douter d’un parent qu’il aime ses enfants et veut leur bien, même s’ils sont placés ; on n’a pas le droit de soupçonner qu’une personne est juste fainéante et qu’elle se complait dans l’inactivité parce qu’elle vit depuis des années avec le RSA; on n’a pas le droit de regarder une personne sous tutelle comme définitivement handicapée sociale et incapable de vouloir et pouvoir avancer vers plus d’autonomie dans la gestion de sa vie, de son budget…On pourrait multiplier les exemples, mais cette reconnaissance première que demandent les plus pauvres, reconnaissance de leur courage, de leur volonté souvent immense pour survivre aux rigueurs de la misère et continuer à espérer, à construire leur vie, nous n’avons pas le droit de leur retirer

Apprenons donc à voir pour chacun « la médaille du revers », c’est à dire la culture, le savoir, le rêve et la force de vie de chaque Homme derrière les marques de ses galères

Essayons donc ensemble de passer d’un accompagnement institutionnel à un compagnonnage fraternel, pour enfin commencer à faire société ensemble

Sébastien Billon (Angers, France)

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