Briser le silence…

 Ces jours mes pensées vont fortement vers la journée mondiale de lutte contre la misère, du 17 octobre. Une journée qui, à travers le monde, essaie de briser le silence autour des souffrances des très pauvres, tout en leur donnant la parole. J’ai choisi de vous communiquer des extraits d’un article, paru dernièrement dans le journal fribourgeois «La Liberté». Il rend hommage aux enfants pauvres du siècle dernier dans mon propre village, en Suisse.

Les visiteurs de l’exposition «Enfance volée» savent maintenant que derrière le décor bucolique des hauts de T. se cachait l’un des pires orphelinats du canton (…) Un rapport détaillait déjà en 1903 des dérives choquantes. Il évoque la qualité de l’hygiène, «le mobilier est envahi par les punaises, la puanteur attrape la gorge» et les locaux dont la grandeur est inadaptée pour l’éducation des enfants. Dans sa conclusion le rapporteur n’hésite pas à dénoncer le mutisme et l’indifférence des dirigeants de l’hospice, tous notables du village.

«Nous sommes indignés du silence qui a couvert autant d’atrocités» confie A.M.Y. qui a trouvé le rapport dans l’armoire de son aïeul. (…) Un oubli qui laisse un goût amer chez certains villageois, qui se souviennent du témoignage d’un ancien de l’hospice, mort en 2001, et qui avait confié avoir vu, à l’époque, ses camarades d’infortune être battus, parfois abusés, par les tenanciers de la ferme ou des vieux résidents. (…) Et surtout il fustigeait le mélange des vieux, vagabonds et jeunes orphelins sous le même toit, pour ne pas dire dans la même chambre. (…)

Mais dès 1920, ce qui préoccupe les citoyens de T. ce sont les constructions des routes et de la nouvelle école. (…) A la demande d’un citoyen de remplacer les paillasses des enfants de l’hospice par des lits, le curé aurait répondu dans les années 1940 : «Ces enfants ne le méritent pas. Ils expient les fautes de leurs parents.» (…) A l’origine, en 1852, l’hospice est crée afin d’éradiquer le fléau de la pauvreté qui touchait 20% de la population(…) Des sœurs habitent l’hospice. Mais elles sont remplacées peu à peu par des domestiques agricoles, mieux capables de gérer un domaine, mais moins d’éduquer des orphelins.

C’est certain, cette histoire date. Elle s’est arrêtée autour de 1960. Mais j’avais envie de la rappeler pour deux raisons. Premièrement, aujourd’hui on voit encore tant de situations proches à travers le monde, dans des pays qui ont peu de moyens (comme la Suisse à l’époque) et qui investissent donc en tout dernier pour leurs membres les plus fragilisées. Deuxièmement, même là où des pays ont pu avancer dans la quête de leur prospérité, comme c’est le cas pour la Suisse… je me demande pourquoi c’est toujours aussi difficile d’entendre, de briser «ce silence moderne» par rapport à certaines questions. Comme celle d’admettre enfin publiquement, que parmi les enfants placés aujourd’hui dans des institutions modernes, une grande partie viennent de milieux défavorisés, et qu’ils n’ont qu’une seule envie : qu’on sache entendre l’aspiration profonde de leurs parents d’avoir un réel soutien pour élever eux-mêmes leurs enfants le mieux possible, malgré leur pauvreté.

Noldi (Suisse)

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