Marre de la pitié charitable! Vive la fraternité!

Hier dans le journal c’est une association qui emmène 700 enfants « défavorisés » une journée à la mer; et on nous évoque le courage et la fatigue des gentils bénévoles, et surtout on nous précise bien…que les enfants sont invités entre deux baignades à écrire une carte aux gentils donateurs qui financent la journée…

Est-ce ainsi que l’on considère le droit aux loisirs et aux vacances des plus pauvres? une journée, pas en famille, encadrée par des bénévoles qui font une bonne action mais ne rentreront pas dans une rencontre, une connaissance réelle de ces jeunes et le rappel lancinant des bonnes gens plus fortunées à qui il faut dire merci pour ce beau cadeau qui n’est en fait que le respect du droit au loisir et aux vacances inscrit dans la déclaration des droits de l’Homme et de l’Enfant

Quelques jours avant, autre journal autre association qui propose à des enfants du nord de la France et de milieux eux aussi « défavorisés » de venir passer trois, quatre semaines dans une famille accueillante de ma région d’Angers. Et même chose ou presque. Gros portrait dans le journal de la famille accueillante avec insistance sur sa générosité et son ouverture, alors même que celle-ci insiste lourdement sur la chance pour cet enfant de découvrir et une culture qui lui est étrangère (campagne, parcs de loisirs, activités diverses…) et des règles et cadres de vie (heures de coucher, lavage de dents, modes de vie…) qui semblent lui faire défaut

Jamais il ne viendra à l’idée de cette généreuse famille que plutôt que d’offrir trois semaines « d’évasion » à un enfant il pourrait être bon de s’interroger sur la possibilité pour cette famille de vivre même une seule semaine un temps de vacances familiales? Jamais il ne viendra non plus à l’idée de cette famille accueillante ou du journaliste que si on veut, au-delà d’une bonne action dégoulinante de pitié chrétienne, réellement changer les choses et rentrer dans une connaissance, une reconnaissance de ce que vivent les autres, ailleurs, il faudrait que cette famille angevine soit prête elle aussi à partir en vacances (ou envoyer ses enfants) trois semaines là où vit l’enfant qu’elles accueillent! Et cela avec la conviction qu’elle s’enrichirait beaucoup humainement et culturellement elle aussi.

En somme, tant que dans l’action envers le plus pauvre, tant que dans le regard posé sur lui on verra sa différence avant son humanité égale à la nôtre, tant qu’on verra son malheur à soulager avant son potentiel à libérer et tant qu’on en fera d’abord et toujours un débiteur à qui l’on donne (de l’argent,des biens,…) avant de voir en lui un homme qui peut nous apprendre et nous enrichir de ce qu’il est et de ce qu’il a vécu, tous les actes que nous pourrons poser pour soulager sa misère plutôt que pour la combattre avec lui et lui redonner ses droits et sa dignité resteront somme toute assez vains et finalement feront peut-être plus de bien à celui qui donne qu’à celui qui reçoit.

Sébastien Billon (Angers, France)

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