Droits de l’Homme, Droits Hu…mains…

Dernièrement, j’ai pu vivre une aventure extraordinaire. Lors d’une rencontre internationale, tous les participants avaient contribué à créer une sculpture : une danse des mains, un chant à la gloire de toutes les mains de la terre.
Cela m’a ramené à mon enfance : je regardais souvent les mains de mes parents, qui, elles semblaient aussi, sculptées par la vie… Les mains fortes, costaudes, trapues de mon père, forgées-travaillées par le labeur du petit paysan. Puis celles, plus petites, plus agiles, fragiles de ma maman, mains que je voyais tous les jours raccommoder nos habits à nous, ses enfants. Parfois, lors de temps exceptionnels, elle se permettait d’aller s’évader vers plus de liberté : créer un costume de carnaval, de théâtre, aller dans ses rêves…
Mais je me rappelle aussi de mains de courage, blessées… Bien des travailleurs du village avaient leurs mains non seulement abîmées, mais carrément mutilées. Souvenirs d’accidents terribles survenus au cours de travaux dangereux. Les voir me serrait chaque fois le coeur. Un de mes oncles a connu cela, un cousin…
Bien plus tard, en arrivant en ville, j’ai fait une découverte tout à fait déconcertante : celle des mains inutiles, jetées aux orties… C’est une amie, Nelly Schenker, qui m’a rendu attentif à certains jeunes de son quartier défavorisé. Ils luttaient en vain pour trouver leur place dans le monde du travail, comme des millions d’autres jeunes à travers le monde.
Je voyais souvent Nelly aller vers certains d’entre eux qui étaient assis sur un banc du quartier, abattus, ils laissaient… «passer le temps». Elle allait les encourager, elle cherchait sans cesse à leur dire : « Toi aussi, t’es quelqu’un ! » Elle a d’ailleurs réussi à en remettre certains debout. Mais en même temps, elle nous harcelait nous aussi, sans cesse, pour qu’on ne reste pas immobile. «Faut tous s’y mettre !»
J’ai compris que, pour elle, il n’y avait personne, aucun jeune sur cette terre, qui puisse être abandonné à son sort. Compris aussi le terrible gâchis de ces mains tristes, abandonnées, laissées dans l’inutilité, et de ce fait dans la honte. Compris que ces mains se vidaient de leur sang, qu’elles perdaient petit à petit la force et le goût de l’ingéniosité, de la création, du geste… Je me suis dit qu’elles étaient vraiment très proches du drame des mains coupées dans certains pays, dont on parle comme une violation grave des Droits de l’Homme aujourd’hui. Ces mains arrachées à la vie – ici comme là – c’est indigne de notre temps.
C’est pour ça que j’aime tellement cette sculpture où toutes les mains, les graves, les belles, les tristes, les lourdes, les fortes, les malades, et les mains sombres, errantes dans la nuit aussi… se mettent à danser toutes ensemble. Sans exception. A s’élever, à s’alléger, se cultiver, tendre vers les étoiles…

Noldi Christen (Treyvaux, Suisse)

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s