Tout n’est pas faiblesse… 

Dans mon quartier j’entends des jugements comme : «  ils sont bizarres. Ils n’aiment pas leurs enfants, ils sont incapables d’assurer leur éducation, leurs enfants n’héritent que souffrance». C’est l’image générale que l’on jette sur des familles pauvres . Et pourtant !…

Le vieux Rukara a 70 ans, il lui a fallu 4 ans d’endurance et de résistance pour accepter de vendre sa parcelle, de même abandonner son métier de cordonnerie et de retourner au village. Ça peut paraître bien incompréhensible ! Mais que pouvait-il bien faire d’autre, lui qui n’était jamais convoqué dans les réunions communautaires, lui à qui on reprochait de ne rien avoir à faire en ville. Dans les discussions spontanées sur l’actualité, on lui disait : « tais-toi ». Tous les soirs, les enfants jetaient des pierres sur le toit de sa maison. Et chaque voisin tentait d’occuper, par la force, une partie de tous les côtés de sa parcelle.

Luc, lui, est un jeune garçon de 12 ans : son père, qui est handicapé, est allé chercher très loin de quoi faire vivre sa famille. Luc dort au marché sous une table. Ainsi, il est le premier à prêter ses services aux marchands tôt le matin. En saison sèche, il échange de l’eau contre le manioc qu’il revend. Il trouve du bois pour ceux qui utilisent du feu, s’occupe du découpage des pattes des vaches pour faciliter l’écoulement aux vendeurs et sporadiquement il fait le porte-faix. Le week-end il envoie un peu d’argent à sa maman.

Louise est une petite fille qui voit comment sa maman se prive de nourriture pour qu’elle et ses frères et soeurs mangent à leur faim. Et pour aider sa maman, Louise marche longtemps pour vendre des sandwichs et des beignets aux hommes qui travaillent à la carrière. Ce sont des clients réguliers mais lui font aussi entendre des bêtises(…).

Tous les jours, les parents de Luc, Louise et bien d’autres comme eux, sont chahutés et accusés de ne pas aimer leurs enfants. Et pourtant, leurs enfants, c’est ce qu’ils ont de plus précieux. Pour leurs enfants, ils donnent le meilleur d’eux-mêmes afin de leur assurer santé et éducation. Se priver de nourriture ou donner au-delà de sa force physique pour leurs enfants, c’est normal, c’est le signe qu’ils les aiment. Les pauvres sont des bâtisseurs de paix et Rukara est un bel exemple. Pour lui, « la paix vaut plus que tout ».
Tout parent ne souhaite que bonheur à ses enfants mais la violence de la misère freine tout chemin vers l’espoir. En outre, le besoin vient accroître ce désespoir. Sans besoin dans la société, tout le monde serait digne et indépendant. La misère n’est pas un choix. A côté d’une faiblesse, il y a une part de force. Tout n’est pas faiblesse.

René Muhindo, (Bukavu, République Démocratique du Congo)

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