La faim est une douleur qui désespère 

Depuis le début de l’année, le nouveau gouvernement du Guatemala engage la mise en place du programme « Faim zéro » imaginé et mis en œuvre au Brésil au cours des années 2000 sous la présidence de Lula da Silva. Au-delà de la détermination affichée de lutte contre la malnutrition, cette volonté politique est fortement impulsée par les Objectifs du Millénaire pour le Développement. Ces objectifs se fondent sur la Déclaration du Millénaire des Nations Unies, signée en septembre 2000 par les dirigeants mondiaux qui engageaient la communauté internationale dans la lutte contre la pauvreté, la faim, la maladie, l’analphabétisme, la dégradation de l’environnement et la discrimination contre les femmes.

Au Guatemala, la malnutrition touche la moitié des enfants de moins de 5 ans. Mais un autre chiffre, est tout autant alarmant et peu diffusé ici : 18 enfants par jour meurent de faim ou de malnutrition. Dans certaines municipalités retirées du pays, le pourcentage de personnes dénutries atteint 91%.
La répartition inéquitable des terres, le manque d’éducation, des politiques agricoles erronées expliquent que le pays n’ait pas su s’adapter aux changements climatiques, ces dernières années, et que le problème ne cesse de s’aggraver. Alors que le Guatemala exporte du sucre, du café, des bananes, ou encore de l’huile de palme, le pays ne nourrit plus tous les siens. L’organisation « Action Contre la faim » dénonce ces crises alimentaires récurrentes et paradoxales : « la dénutrition chronique est une condamnation à perpétuité qui compromet le développement d’un pays ».

Ainsi, le programme « Faim Zéro » propose une série de politiques structurelles, spécifiques et locales qui utilisent une double approche pour la lutte contre la faim et pour promouvoir la sécurité alimentaire. Elles incluent un appui à l´agriculture familiale, l’intégration des petits producteurs dans les marchés locaux, des programmes de génération de revenu, le renforcement  des réseaux de protection social ainsi que des programmes de transfert de revenus.

Madame Raquel de la capitale ajoute : « Nous, les pauvres, souffrons de la faim par manque de travail ou d’étude. La réalité ici c’est que les pauvres survivent. C’est un verbe très clair pour moi parce que nous ne vivons pas comme cela devrait être : nous survivons seulement. C’est pour cela que nous, les pauvres, sommes malnutris, parce que nous nous remplissons le ventre, comme on dit ici. On ne regarde pas si on avale des vitamines ou des protéines et du calcium, tout ce dont le corps a besoin. Il y a des gens qui disent que le Guatemala est violent : ce n’est pas que nous sommes brutaux, c’est pour la difficulté que nous avons à gagner notre vie. »

Il semble alors qu’un « traitement » isolé de la malnutrition ne répond que partiellement à cette question terrible de la faim. Comme le précise Graziano da Silva, l´architecte du programme « Faim Zéro » au Brésil : “Individuellement ces politiques peuvent générer de bons résultats. Quand elles sont intégrées –à d’autres programmes de développement-, les bénéfices se multiplient. Celle-ci est une des clés du succès du programme « Faim Zéro »“.

En veillant que soient pris en compte les expériences et les propositions des personnes les plus exclues, nous ne pouvons qu’espérer le succès au Guatemala de la mise en place de ces programmes pour éradiquer ce fléau que nous décrit Monsieur Oscar : « La faim est une douleur : je l’ai vécu. C’est une douleur qui désespère. Le plus dur pour moi est de ne pas avoir un ou deux quetzales (10 ou 20 centimes d’euro) pour acheter le pain à mes enfants quand ils ont faim. Si je n’ai pas de travail, cela me désespère.»

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2 réflexions au sujet de « La faim est une douleur qui désespère  »

  1. Le socialisme brésilien pris en exemple pour plus d’humanité… Puisse également l’humanisme triompher dimanche en France pour une meilleure justice sociale dans notre pays qui voit toutes ses valeurs foulées aux pieds ! Quand certains pays se battent pour élever leur condition sociale, d’autres s’empressent de détruire les acquis sociaux.

    • Merci pour votre contribution. L’humanisme dont vous parlez devrait effectivement être au cœur de toutes les politiques mises en œuvre à travers le monde avec le souci indispensable de prendre en compte, dès leurs élaborations, les personnes les plus exposées et les plus en difficultés. Nous ne pouvons qu’espérer qu’il en sera ainsi de l’action des prochains gouvernants français.

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