L’autre guerre oubliée

Tous les continents ont connu ou connaissent actuellement la guerre. Que ce soit en Europe (le siècle dernier) ou récemment en Irak, Côte d’Ivoire, Libye, Soudan… ou encore en R.D. Congo (en 1996) où j’ai vécu moi-même les faits. Outre le bruit des tirs, des bombes (un enfant qui a vécu cela n’oublie jamais), il s’en suit toujours des mouvements des populations en fuite, ou (et) à la recherche des zones sécurisées. Ensuite, à travers les médias, le monde entier en est informé, et, les institutions internationales finissent par intervenir soit politiquement, soit de manière humanitaire. Et l’histoire garde ces faits en mémoire.

Paradoxalement, il existe une autre guerre mondiale, qui tue silencieusement, et dont, les médias et encore moins les institutions internationales ne parlent pas. C’est « la misère », une guerre dangereuse qui ne finit jamais car, plus clandestine et jamais évaluée. Combien de morts a-t-elle déjà fait dans ce monde ? Personne ne sait, et pourtant elle tue. Tous les jours, les gens en meurent des différentes façons :

La première forme plus courante, est la mort physique. C’est l’abandon physique de la famille et de la société qui s’observe dans ce cas. En République Centre Afrique on dit souvent : « sa bouche est fermée » qui se traduit par « il est mort ». En République Démocratique du Congo, sur la tombe de l’individu il est écrit : « R.I.P » qui signifie Retour Interdit au pays ;
La seconde forme affecte l’individu au moment où il vit encore physiquement: toutes ses facultés (mentale, morale, psychologique, psychique, affective, cognitive…et même physiologique) sont en guerre et par la suite menacées. Dans la société, c’est un peu comme un virus informatique ou du VIH/Sida. Il n’est pas visible, pourtant il tue. Faut-il donc dire, au regard de cela que la mort n’est pas simplement physique. Cette forme prive l’individu du fondement de sa vie: « son existence réelle ».

L’exemple le plus frappant où les personnes de différentes couches mondiales ont su comprendre cela, c’est le Colloque International sur : « La misère est une violence, rompre le silence, chercher le chemin vers la paix » organisé par le Mouvement Agir Tous pour La dignité (ATD Quart Monde en sigle). Les participants mais surtout ceux vivant la grande pauvreté en ont pris conscience.
Thomas : « Au royaume Uni, la pression de la société sur les pauvres, les pousse à perdre le goût de se reconnaître en tant qu’êtres humains ». Un chef disait à ses subalternes :- occupez-vous de vos chiens et laissez ces hommes là – ». Il n’a pas dit ces hommes mais ces hommes là.
Thérèse : « Les pauvres dans la rue sont considérés comme des pollutions. Dans la société, ils sont considérés comme s’ils étaient moins, comme des êtres invisibles, ils sont dans la société tout en y étant exclus ».
Cela se vit au quotidien, la parole du pauvre (son accord ou désaccord) n’est jamais considérée comme une contribution mais toujours comme une agression. Quoiqu’il fasse, il a toujours tort. Il est celui qui refuse de changer, d’évoluer. Dire ça de lui le tue à la deuxième forme. La paix dans ce monde, n’est pas simplement l’absence de coups de feu. Si la misère n’est pas comprise comme une guerre, il n’y aura jamais de véritable paix et conséquemment de vrai développement. Quelle stratégie pour un véritable développement durable ?

René Muhindo, Bukavu (République Démocratique du Congo)

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