Tous égaux devant la mort ?

Peu importe le milieu dont nous sommes issus, nous nous retrouvons unis devant la mort, devant la terrible souffrance de perdre quelqu’un qu’on aime, devant l’atroce absence que la mort provoque en chacun de nous. Souvent on entend quelqu’un nous dire , quand ce n’est pas nous-mêmes qui le disons : »la mort est la seule justice , on est tous égaux devant la mort.  »
Et bien non, ce n’est pas vrai.
Si nous n’avons pas d’argent, un combat doit encore être mené, pour que la personne disparue soit enterrée dans le respect et dignement.
Lucienne a dû se battre auprès de sa tutelle1 pour que cette dernière accepte qu’une pierre tombale de son choix soit achetée, pour son petit de 15 ans décédé d’un accident de la route… La logique de la tutelle était de ne pas dépenser tout l’argent versé par l’assurance et pouvoir en bloquer un peu sur un livret d’épargne, et donc de faire le moins de frais possible. Lucienne, la maman, s’est battue avec sa logique implacable : « cet argent est sur mon compte parce que Kevin est mort, cet argent lui revient, je veux qu’il lui serve, je veux acheter une très belle pierre tombale, que mon fils aurait aimée. Pour moi, c’est le plus important ! Comme ça j’ai le sentiment de pouvoir le protéger encore et je pourrai aller me recueillir près de lui, sur un endroit où on sera mieux ensemble « .
Lucienne s’est acharnée plusieurs mois auprès de sa tutelle pour faire accepter son choix. Aujourd’hui elle dit « j’ai réussi à honorer mon fils ».

Marie-Thérese, elle aussi, s’est trouvée sans un centime au moment du décès de sa fille. La ligue contre le cancer a généreusement pris en charge les frais d’enterrement et a fait en sorte que la Sécurité Sociale2 s’y associe. Cela a bien aidé Marie-Thérèse mais, du coup, elle n’a pu faire aucun choix personnel, que ce soit concernant le cercueil ou l’emplacement au cimetière. Christelle a donc été enterrée dans le carré des indigents ! L’obsession de Marie-Thérèse « faire transférer Christelle au milieu des autres tombes, la sortir du carré des indigents, car même dans la mort, on continue d’être stigmatisés et je veux lui retirer ça « Avec le soutien financier d’amis, Marie-Thérèse a pu réaliser son ultime souhait. Aujourd’hui Christelle est au milieu de tous au cimetière.

Huguette, pour payer l’enterrement de sa fille, a dû prendre un crédit, et elle se trouve à payer les pompes funèbres par mensualités. Mais de ce fait, voilà Huguette avec des dettes de loyers, d’électricité, d’eau. Pour elle, aucun soutien de nulle part, et Huguette, non plus, n’avait pas un centime d’avance. « Je voulais absolument que ma fille soit enterrée dignement, elle aimait les fleurs, je lui devais bien ça. Notre vie a toujours été tellement dure avec la misère que l’on vit »

Non, même devant la mort nous ne sommes pas égaux. Ceux et celles qui vivent la pauvreté ont un ultime combat à mener au-delà de cette mort : permettre qu’elle efface à jamais la mise à l’écart, la stigmatisation, la non reconnaissance comme être humain égal à l’autre, l’injustice dans laquelle ont vécu les leurs. A ce moment-là seulement on pourra dire que le combat a été gagné… Mais une fois encore, le prix à payer pour ceux qui restent, le mesurons-nous bien?

Martine Lecorre (Caen, France)

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