L’école au chevet de la grossesse adolescente

Un jour de juin 2002, dans le quartier de Haat Wat Tai en bordure de la rivière Moun, j’ai rencontré un groupe de poissonnières vendeuses au marché de nuit d’Ubon Ratchathani dans le nord-est de la Thaïlande. Ce jour là, alors que nous conversions, des jeunes enfants s’amusaient à grimper sur les branches d’un grand arbre. Parmi ces enfants, j’avais repéré Poupée, une fillette de sept ans. Elle jouait avec toujours la peur d’être moquée. Les poissonnières m’avaient alors expliqué : « Poupée est élevée par Pii Jeck, un homme du quartier respecté pour sa bonhomie. Elle a été abandonnée par sa mère peu de temps après sa naissance. Cette dernière est partie avec son nouveau compagnon. C’est son père qui a pris soin d’elle. Il y a deux ans, il a confié Poupée à Pii Jeck, le temps de trouver un travail à Bangkok. Mais, il n’est plus jamais revenu reprendre sa petite fille. Pii Jeck aimerait bien trouver une famille adoptive plutôt que de la donner aux services de l’aide sociale.»

En avril 2010, dans le quartier de Non Say Thong dans la ville de Sisaket toujours dans le nord-est, j’ai rencontré une grand-mère Yay Wan. Elle vivait avec son fils handicapé et trois de ses petits-enfants. Leur mère était partie dans la province de Rayong où elle avait pu trouver un travail de caissière. Lors de cette première rencontre, Yay Wan m’avait dit qu’elle angoissait de n’avoir plus de nouvelles de sa fille depuis plus d’une année. La famille paternelle avait toujours refusé de reconnaître les enfants. Leur père avait entretenu des liens de passage avec eux et cela jusqu’au moment où il ne leur avait plus donné aucun signe de vie.

Huit années séparent ces deux rencontres. Et pourtant, elles ont un point commun : ces enfants sont nés d’une mère adolescente. Ces deux situations sont-elles isolées ?

Le 14 février 2011, Mr Samatchai Chomvinya, responsable du service des affaires sociales annonçait : « La Thaïlande est le deuxième pays au monde derrière l’Afrique du sud avec le plus haut taux de grossesse chez les adolescentes âgées entre 15 et 19 ans. Et 84 % d’entre elles ne se sentent pas prêtes à être mère. »

Dans le journal « The Nation » du 11 juin 2011, l’Institut de recherche sur le système de santé thaïlandais reconnaissait : « Le pourcentage de mères adolescentes a triplé en cinquante ans. Le nombre total des femmes âgées de moins de 20 ans ayant un enfant est passé de 5.6 % en 1958 à 15,5 % en 2008. »

Le ministère de l’éducation nationale est conscient que cette situation des mères adolescentes à une forte incidence sur la poursuite de leurs études. En janvier 2011, une loi a été promulguée afin que l’éducation nationale autorise et protège les mères adolescentes pendant leur grossesse et facilite leur retour dans le cycle scolaire normal, après la naissance de leur enfant.

A cette loi, Nutjari Temgnam, étudiante thaïe réagissait : «  Cette loi est très importante. Mais même si une loi est votée, aussi bonne soit-elle ; si elle n’est pas réellement appliquée, elle ne restera que de l’encre sur un bout de papier.»

Alain Souchard – Sisaket (Thaïlande)

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