Apprendre de la nature !

Généralement à Bukavu, en juillet, quand les têtes ont déjà suffisamment été frappées par les rayons solaires, quand les rues de la ville sont coloriées par la poussière, quand les herbes sèchent presque partout ; la première pluie de septembre apparaît.

Mais cette année, la population parle de la pluie inoubliable du 22 Septembre. Elle a commencé à 18 heures, au moment où les activistes s’apprêtaient à regagner leurs maisons. Elle est venue de l’on ne sait où. Très morose, elle a commencé par un changement de couleur du ciel et soudain, comme d’habitude, les fenêtres et les portes se sont fermées. A 21 heures des bruits ont été entendus de loin.

Oh la la ! le lendemain à 8 heures, c’était la désolation à travers les quartiers. Pour certains, les maisons étaient noyées et il fallait démolir certaines parties des murs pour permettre l’évacuation des eaux. Pour d’autres, c’étaient les toits qui étaient partis, pour d’autres encore c’était l’incertitude complète, et l’on se demandait : est-il mort ou sauvé ?

En fin de journée, 6 morts dont 4 retrouvés et 2 disparus dans le lac ainsi que plusieurs dégâts matériels (la plupart embardouflés dans la boue). C’était très douloureux. Mais du moment que l’on pataugeait dans la boue, tout le monde (agents de la MONUSCO : mission de l’organisation des nations unies au Congo, les gardiens de nuit, militaires qui avaient perdu leurs enfants et biens, agriculteurs qui pleuraient les champs balayés, motards, électriciens, femmes, hommes, enfants et jeunes, riches et pauvres…sympathisants) l’itinéraire était unique et le souci était le même: soutenir d’abord ceux qui étaient plus dans le besoin ; ensuite chercher à travers le lac ce qui avait été emporté (les corps et les biens matériels).

Vers l’après-midi, tout le monde était confondu : même uniforme colorié par la boue, même souci : s’aider, pas de pillards. Même principe : compter sur tout le monde ; et surtout la « même vision pour tous : agir d’abord ».

Naturellement les hommes sont faits pour cheminer ensemble. La nature même nous l’apprend.
En Haïti il y a presque deux ans, à Bukavu en ce moment, et dans d’autres endroits où nous ignorons ce qui se passe, ceci est irréfutable. Seulement nos yeux et nos oreilles ne le saisissent pas. Nous apprenons de la nature mais il n’est pas facile de l’admettre, car elle n’a point de bouche.

Derrière une catastrophe naturelle il y a toujours un message. Ces images après la pluie du 22 Septembre à Bukavu, nous le disent: « Malgré nos costumes, nos véhicules, nos maisons,…tout ce que nous pouvons avoir ; nous ne pouvons changer le monde sans l’autre ». Essayez un jour d’observer les attitudes des sociétés devant une catastrophe naturelle, de comparer leurs actes avant et après la catastrophe, elles changent unanimement de comportement. Si vous n’êtes pas toujours d’accord avec nous, ou si vous avez un regard négatif vis-à-vis du voisin, n’attendez pas que la nature vous fasse changer votre avis. Aussi, un conseil d’ami : vous voulez venir à Bukavu un jour, nous vous conseillons de ne pas oublier vos bottes, nous parlons des chaussures bien sûr !

René MUHINDO, Bukavu (République Démocratique du Congo)

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s