Quels choix politiques pour quelles sociétés ?

Le 6 novembre dernier, Otto Perez Molina a été élu Président de la République du Guatemala. Ce général à la retraite est très controversé. Il a soutenu le coup d’État et la dictature sanglante du général Efrain Rios Montt. Il a trempé dans l’assassinat de Mgr Gerardi, l’évêque de la capitale qui voulait faire condamner les militaires tortionnaires de la guerre civile. Son nom apparaît dans de nombreux cas de violations des Droits de l’Homme qui ont été commis pendant les 35 ans de guerre civile qui ont ravagé ce pays.
Son opposant, le populiste de droite Manuel Baldizón a adopté quant à lui une posture messianique s’appuyant sur ses ressources financières tirées de ses multiples et troublantes activités économiques dans le nord du pays (narco-trafiques, lavement d’argent sale, corruption). Selon les fameux câbles de Wikileaks, il a acheté le ralliement de députés à son parti pour 500 000 quetzals (48 000 €) ou favorisé l’octroi de fonds publics à certains départements pour obtenir la fidélité de leurs représentants.

Pour autant, des hommes et des femmes ne sont pas dupes. Madame Norma* ou Johanna ont refusé de militer ou de mobiliser leurs voisins sous la contrainte : de nombreux partis politiques utilisent le clientélisme pour interpeler les électeurs aux revenus les plus faibles. Menace du retrait ou octroi de « la bourse solidaire » (allocation mensuelle sous forme de produits alimentaires de première nécessité), viabilisation d’arrivée d’eau ou d’assainissement, dons de tôles ondulées pour les toits des logements sont autant de leviers utilisés pour tenter « d’acheter » les votes des personnes les plus pauvres. « C’est comme donner un bonbon à un enfant pour l’empêcher de pleurer ou de réclamer ! » s’indignait Madame Rosa.
Aujourd’hui, Otto Perez Molina ne semble pas s’engager pour un projet de société favorisant l’égalité et le bien-être de chacun. D’un autre côté, aucune opposition ou alternative politique n’est en mesure de se mobiliser pour représenter la majorité de la population qui vit très pauvrement.
Pour autant, des citoyens guatémaltèques, comme dans de nombreux pays à travers le monde, souhaitent le renforcement du rôle de l’état (notamment à travers une réforme fiscale d’envergure) qui permettrait la mise en place d’un état de droit où l’accès à la santé, à la sécurité alimentaire, à l’éducation, au travail digne, à l’intégrité des biens et des personnes seraient respectés pour TOUS.

Dans l’actualité récente, j’ai pu lire comment l’accès à ces droits était remis en cause ou conditionné en France au niveau de la santé, de l’éducation, de l’accès au logement (lire entre autre l’article de Sébastien Billon publié le 16 novembre sur ce blog). Ou encore, la remise en cause qui est faite des principes de réinsertion et de réhabilitation, mis en place au Québec depuis plusieurs décennies, concernant la délinquance des mineurs.
En considérant les aspirations de nombreux citoyens pour la construction d’une société plus juste, comment pouvons-nous comprendre ce paradoxe : constat d’une lutte quotidienne ici pour accéder à ces droits universels quand d’autres régions du monde, dites « développées » comme la France ou le Québec, y renoncent ou les démantèlent aujourd’hui ?

Romain FOSSEY (Guatemala ciudad, Guatemala)

* Le nom des personnes mentionnées a été modifié afin de respecter leur anonymat.

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3 réflexions au sujet de « Quels choix politiques pour quelles sociétés ? »

  1. Ne faudrait-il pas continuer à chercher ce que demandent vraiment les plus pauvres? Et considérer les autres démarches comme des approches seulement? André Modave.

  2. Pour qu’il y ait des riches, il faut qu’il y ait des pauvres. Or, trop de Justice déséquilibre l’ordre établi… La démocratie n’étant qu’un leurre, il faut sans cesse réinventer la révolution !

  3. Merci pour vos commentaires. La vraie révolution ne serait-elle pas, en effet, celle d’être à l’écoute des plus pauvres, de ceux à qui personne ne demande l’avis ? Une société où chacun pourrait s’exprimer, débattre, se confronter pour construire, participer, contribuer à un monde plus juste.

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