Chaque année, je veux y croire

Début septembre 2011…

C’est bientôt la rentrée et, depuis environ une semaine, je vais de famille en famille rencontrer les enfants. Chacun me montre avec bonheur, des lumières plein les yeux, les vêtements neufs, rangés, qui attendent d’être portés tout spécialement pour le jour de la rentrée, le nouveau cartable et les trésors qu’il renferme. Ils ont des rêves plein la tête, des espérances, des inquiétudes aussi parfois.
« C’est là que je vais apprendre à lire, après je raconterai des histoires à ma sœur, maman elle sait pas »
« je crois que je vais avoir des copines gentilles pour jouer avec moi »
« J’ai peur que la maîtresse, elle me dispute parce que j’arrive pas »

Pour les plus grands ( la plupart ont une scolarité douloureuse) je sens beaucoup plus d’angoisse « C’est pas fait pour moi l’école, l’école c’est pour les riches qu’ont pas de problèmes »

Les parents, eux, continuent de croire que leurs enfants vont réussir à apprendre, tous me disent leurs espérances, leur fierté : « L’école ça va nous sortir de la misère, car quand tu « sais » bien, tu peux faire un bon métier comme par exemple avocat et ça te fait avoir une bonne vie, on te respecte, c’est pas comme nous… Si t’as un bon travail tu peux aider les autres aussi. »

Arrive enfin le jour de la rentrée: comme chaque année je vis cette journée avec les parents et les enfants de la cité. Les enfants sont tous très beaux, joliment habillés, coiffés. Les mamans, les papas leur demandent de ne pas marcher sur l’herbe, de contourner les flaques d’eau pour ne pas salir leurs chaussures neuves, de ne pas courir… au cas où ils tomberaient se feraient mal mais aussi abîmeraient leurs habits.
« faut faire bonne impression parce qu’autrement on se fait remarquer mal tout de suite. Si t’es pas nikel1, je connais ça par cœur moi j’ai souffert de ça »

Une de ces mamans me dira, au retour « faut qu’ils arrivent car moi je sais pas lire, ni écrire et c’est trop de souffrance, je ne suis jamais à la hauteur et je veux pas que ça arrive à mes enfants »
Un papa ajoute « Je ne suis pas vraiment bien au fond de moi, car je sais que je ne vais pas pouvoir l’aider je sais pas lire et écrire non plus »

Chaque année, je sens la fierté des parents d’avoir fait le maximum pour que leurs enfants soient comme tous les autres enfants, malgré la dureté de leur vie.
Chaque année aussi, je me revois enfant. Comme ces enfants, ces parents, je suis d’une famille pauvre. J’aimais tellement l’école…J’étais une très bonne élève mais ça n’as pas suffit hélas..j’ai quitté l’école à 13 ans, sans diplôme et sans que l’on se pose, pour moi, la question du collège… Mais chaque année je continue d’espérer que les choses vont changer et que les enfants de la pauvreté vont enfin être considérés comme tous les autres enfants, que l’école, les amis de classe les respecteront, leur feront une place et que, de cette place, ils pourront, eux aussi, mettre leur intelligence, leur expérience de la vie au service de chacun. L’école deviendra alors libératrice pour tous les enfants.

Martine Lecorre (France)

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2 réflexions au sujet de « Chaque année, je veux y croire »

    • Oui, il faut y croire, y croire toujours
      Les enfants ont des talents qu’ils faut mettre à la lumière
      Quelle belle preuve d’amour que vous font les parents!
      Merci pour votre mission
      Amicalement
      M T Douté

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