Le capital humain ? Bof….

Le 22 juillet dernier, dans le temps qui a suivi l’effroyable tuerie en Norvège, et avant que l’on arrête l’auteur du massacre, les radios rivalisaient d’efforts pour informer leurs auditeurs, à n’importe quel prix. Et les questions fusaient à propos de l’implication probable du monde islamiste, de Al Qaida. Personne ne savait rien, mais tout de suite les islamistes étaient pointés du doigt. Les exigences de l’information ( cotes d’écoute obligent… ) poussaient des soi-disant reporters et experts à spéculer sur l’identité des auteurs de l’attentat. Ce matraquage médiatique est absolument irresponsable. Il n’était fondé sur aucun fait, aucune réalité. Mais il a, certes, contribué à renforcer des préjugés. Peu importe que des humains soient injustement accusés. Peu importe que l’opinion publique ait encore un peu plus peur de côtoyer, dans la vie quotidienne, tous les Mohamed ou Fatima que nous connaissons. On sait la suite, aucun islamiste n’était engagé dans l’organisation de ce drame.
A l’inverse, actuellement, que ce soit à la radio ou à la TV, il n’y a guère de matraquage médiatique pour mobiliser contre la famine dans la Corne de l’Afrique. On en parle un peu avant la météo. Mais les Somaliens continuent de mourir silencieusement de faim et d’indifférence. Dans les années 70, on a beaucoup parlé de la famine en Ethiopie, les media mobilisaient l’opinion publique. On en a reparlé aussi dans les années 80/85. Des chanteurs s’étaient même associés et on avait connu le mégasuccès « We are the world » . Aujourd’hui, la famine n’est plus un « scoop », c’est une habitude ! Alors quel est son intérêt ?

Pourquoi pointer du doigt ce que l’on ignore, et délibérément ignorer ce que l’on sait ? Comme lectrice ou auditrice…, j’ai toujours la même curiosité de comprendre comment marche le monde et j’ai toujours le même impérieux besoin qu’on me le raconte, qu’on essaye de me l’expliquer, pour que je puisse me faire une idée, que je puisse prendre ma place dans la construction du monde de demain. Mais une idée réelle, en vrai, pas selon l’humeur de quelques-uns. J’ai la très désagréable impression d’être prise en otage par l’information ou plutôt ceux qui la dirigent, d’être coincée par eux entre le besoin de rentabilisation (vente des journaux, nombre d’auditeurs etc…) et le besoin de livrer de façon spectaculaire et quasiment en direct des événements dits intéressants.
Inutile de dire que famine, pauvreté, exclusion…, tout ce qui fait la vie sociale et humanitaire de notre monde, ne fera pas la une de nos media. Cela existait hier, cela existe aujourd’hui, et cela existera demain ! Pourquoi sensibiliser, mobiliser l’opinion publique pour qu’elle aide à libérer des êtres humains des affres de la misère ? Sauvons les banques, sauvons la Grèce, sauvons le dollar, sauvons l’euro, mais de grâce, oublions les êtres humains… Le capital financier, ça oui… mais le capital humain, bof ! Apprenons et comprenons bien des mots comme investissement, bourse, crédit, marché, etc…mais continuons de développer les préjugés, ne nous encombrons pas de mots comme paix, justice, égalité, solidarité ou, l’injure suprême, du mot amour !

Bernadette Lang (Montréal – Canada)

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4 réflexions au sujet de « Le capital humain ? Bof…. »

  1. J’ai le même sentiment que toi, celui d’être manipulé et de ne recevoir que les informations qui vont dans un sens qui doit plaire rapidement au plus grand nombre. Par contre, je ne crois pas que les media doivent mobiliser, qu’ils cherchent à mobiliser. Je crois au contraire que les média cherchent à attirer. Surprendre peut être une de leur tactique, certes, mais le plus souvent ils vont dans le sens de la pente…
    Ma question tourne alors autour du comment faire pour toucher leurs clients, quand les média ne sont pas à notre propre service ou au service d’un plus grand respect de l’homme. Les média ont d’autres objectifs que la vérité. Est-il possible de leur faire changer d’objectifs? Et comment? Faut-il devenir patron et avoir de l’argent?
    André Modave

    • Merci de votre apport.
      Non, c’est tout à fait vrai. L’objectif des media n’est pas de mobiliser, mais bien d’informer. Mais lorsqu’on vous rabâche inlassablement, jour après jour, le même genre de nouvelle, votre esprit ne fait plus guère la différence. Il est mobilisé par ce qu’il entend.
      Quand à l’objectif de dire la vérité, je pense qu’il existe bien. Mais comment avoir le temps de rechercher cette vérité quand on vous êtes soumis à l’impérieux besoin d’informer quasiment en direct. L’utilisation des media sociaux qui retransmettent instantanément les faits bruts, sans analyse, n’aident guère à la recherche plus laborieuse de la vérité, souvent cachée. Les journalistes sérieux ( et il en existe encore pas mal ) sont soumis à des questions d’éthique pas faciles à résoudre, d’autant que leurs patrons, qui obéissent aux notions de vente et de cote d’écoute, ne leur en laissent guère la liberté.

  2. Merci Bernardette pour ce coup de gueule si bien rédigé. En terme de préjugé véhiculé par les medias lors de la tuerie en Norvège, j’ai envie aussi de dénoncer l’amalgame suggéré entre chrétien et tueur.

    Vous avez raison donc, l’être humain doit être au centre de toutes les discussions et de toutes les décisions.

    L’essentiel est d’éduquer les enfants à exercer leur esprit critique à propos des informations qu’ils entendent. A 15 ans, on m’a fait écouter 2 journaux télévisés de 2 chaînes différentes sur le même sujet. J’ai réalisé une fois pour toute à quel point notre opinion est manipulée par le ton et les mots employés pour décrire le même fait. Je n’ai jamais oublié cette leçon. Je m’efforce de m’informer par des sources alternatives et je préfère lire des articles de fonds qui n’ont rien à voir avec le sensationnel du jour.

    Je recherche autour de moi les signes positifs et les bonnes nouvelles, et il y en a beaucoup. Je soutiens à qui veut bien l’entendre que la gentillesse et l’entraide continuent malgré tout d’animer 99% relations entre les gens. A ce propos, Courrier international avait sorti un numéro sur la gentillesse en 2009 qui m’avait beaucoup marqué. Il citait notamment un article de Adam Phillips, Barbara Taylor paru dans The Guardian. Un petit aperçu du contenu est disponible sur http://culturesurlezinc.over-blog.com/article-28163385.html
    http://culturesurlezinc.over-blog.com/article-28163385.html

    Aimer son prochain comme soi-même, c’est bien ce qui rend possible la vie humaine.

    Claire

    • Merci pour la réflexion et pour le renseignement concernant « Courrier international ». Je ne connais pas ce journal, mais je vais aller dans un centre de presse international. Je suis sûre de le trouver, enfin j’espère.
      Vous avez raison de souligner l’importance de l’effort à fournir pour trouver, entendre, voir les bonnes nouvelles. Généralement, elles ne font pas la « une » des journaux, mais elles existent, alors cherchons les, et mettons les de l’avant. Cela aidera à changer le regard de l’opinion publique sur la société.

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