Certains comptent, les autres pas….

Dernièrement, je suis tombée sur un article du journal québécois francophone « La Presse » qui m’a laissée pantoise : « Dormir dans un tuyau d’écoulement » !

Une chaîne d’hôtels s’apprête à ouvrir des chambres construites dans des tuyaux d’écoulement reconvertis et installés dans des parcs publics de la ville allemande de Bottrop-Ebel et à Ottensheim, en Autriche. Un lit à deux places occupe la partie inférieure de chaque cylindre, fermé aux extrémités par un mur décoré et une porte.
Pour éviter d’éventuelles crises de claustrophobie, des fenêtres ont été percées dans chaque tuyau. Question tarif, chaque client est invité à donner ce qu’il peut, pour soutenir le projet.

J’admets l’enrichissement humain que ces expériences de vie apportent à ceux et celles qui les choisissent. Ils ne seront plus les mêmes après… D’ailleurs, il est fréquent qu’on puisse lire des articles ou des livres de personnes qui ont expérimenté, pendant quelques jours, la vie de sans-abri ou de femme de ménage etc……Les auteurs en ressortent grandis, on admire leur courage, leur ténacité… et surtout, on les croit, on croit à la réalité de la vie qu’ils transmettent. Cette chronique ne les vise pas personnellement, car ils pourraient aussi faire le choix de se taire.
Mais pourquoi les croire eux, alors qu’on n’écoute pas ceux qui vivent ces situations au jour le jour ? Pourquoi n’admire-t-on pas le courage, la ténacité de ceux et celles qui vivent cela à longueur de temps ?
Et c’est là que ces expériences de vie me laissent un goût extrêmement amer.
En pensant à ceux qui iront dormir dans ces « hôtels », je ne peux m’empêcher de penser aussi à tous ces enfants, ces familles pauvres d’Oulan-Bator ( capitale de la Mongolie ) qui vivent dans les rues, fouillent les poubelles pour manger, et qui, le soir venu, soulèvent les plaques d’égout et s’y engouffrent. Couchés à cheval sur les tuyaux ,sous terre, ils arriveront ainsi à survivre grâce aux températures plus douces dues aux vapeurs des activités économiques de la ville.
Je pense à ceux qui, à New York, vivent sous terre, dans les tunnels du métro. Certains sortent chaque jour pour essayer de se trouver un peu de nourriture, mais d’autres restent jusqu’à une semaine sans voir le jour, de peur de perdre leur « logement ». On peut y voir des sortes de douches à l’eau chaude à partir d’un tuyau de vapeur qui fuit…
Tous ces enfants, ces femmes, ces hommes, n’ont pas un lit douillet qui les attend après 48 heures d’égouts ou de métro ! C’est leur vie à longueur d’années, mais leur parole n’est pas entendue, elle ne compte pas. Et c’est ça qui fait mal, qui rend amer : pourquoi prendre en compte la parole de ceux qui font une expérience de vie très temporaire et ignorer celle de ceux qui la vivent « à temps complet » ? Pourquoi faut-il qu’une chaîne d’hôtels ouvre des chambres dans des tuyaux d’écoulement et que l’on ignore les habitants des égouts d’Oulan-Bator ou des métros de New York ou d’ailleurs dans le monde ? Pourquoi certains sont signes d’admiration et pas les autres ? Est-ce que certains comptent et les autres pas ?

Bernadette Lang (Montréal, Canada)

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5 réflexions au sujet de « Certains comptent, les autres pas…. »

  1. Merci de cet article qui nous rappelle que pour ceux qui s’en sont pris plein la figure par la vie et qui en bavent tous les jours pour s’en sortir, l’urgence c’est tous les jours. Ce serait bien de pouvoir entendre plus encore leur voix.

    • Merci du commentaire. J’ai bien du mal à admettre qu’on puisse accepter si facilement la parole de ceux qui endossent volontairement et provisoirement une vie aménagée en pauvreté, et ignorer, pour ne pas dire rejeter, la parole de ceux qui vivent ces situations de misère et d’exclusion au jour le jour.

      • Ce que je ne comprends pas très bien dans leur projet… c’est leur but: en fait, si l’on peut payer ce que l’on veut (ou ce que l’on peut), pour soutenir le projet, il devrait y avoir une certaine éthique derrière, me dis-je …?
        Est-ce simplement un projet vu comme écologique, pour re-utiliser des matériaux…? Ou est-ce pour faire une expérience de vie simple, de pauvreté choisie pour quelques journées, mais comme dit l’article: sans penser réellement à ceux qui sont obligés de vivre cette simplicité à l’extrême et de manière terrible, donc de vivre une pauvreté qui vire à la misère, et qui les détruit à petit feu…?

  2. En arrivant a Toronto au Canadal a 7 ans j’avais dans ma tete de pouvoir trouver cette population qui vie sous terrain. En quittons l’Europ j’avais entendu que a Munich existe cette population, Ici je ne suis pas arrive a les trouver pour l’instant… quel signe suivre en avez vous des sugestions…?
    Merci Bernadette de mettre cette population parmis nos preoccupation ensemble.

  3. Non Urs, je n’ai pas vraiment de signe ou de piste, si ce n’est la télévision, ou les journaux. C’est une émission de TV qui m’avait appris l’existence de ce monde sous terre, tant à New York qu’à Oulan-Bator en Mongolie, et c’est un article de journal qui m’a appris l’existence d’hôtels dans des tuyaux.
    Je reconnais que je critique souvent les media, mais ce sont aussi eux qui m’apprennent, en partie, la vie d’exclus de la société.
    La seule réponse que je peux donc vous faire est de bien étudier, à l’avance, les programmes de télévision de toutes les chaînes, et de pouvoir lire un journal un peu sérieux chaque jour. Je devine votre réaction, oui, ça prend du temps… Merci de votre intérêt pour le blog.

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