Le droit à la santé : des mots qui n’ont pas le même sens pour tous

Les progrès qui ont été réalisés dans le domaine de la santé à ce jour, sont nombreux et grands. Et le Cameroun ne bénéficie pas moins que d’autres pays, de ces avancées spectaculaires.
Et pourtant, un tour ou un séjour dans la majorité des structures de santé de la place vous laisse l’arrière-goût d’une médecine qui fait de grands bonds, en laissant des milliers de malades prisonniers ou mourant dans leurs lits.
J’ai récemment séjourné dans un hôpital qu’on dit être un des meilleurs du pays. Etant donné ce que j’y ai vu, s’il est vraiment le meilleur, il y a lieu de se demander à quoi ressemblent les autres…
C’est une triste réalité, une urgence, un cri ! Des milliers de personnes meurent de maladies bénignes, dans les murs et sur les lits des hôpitaux, à cause de la négligence, de l’oubli, de l’indifférence du personnel de santé, tout simplement parce qu’elles n’ont pas l’argent pour payer les soins. Ici, on applique bien la règle : payez avant d’être servi. Et cela, même pour les cas les plus graves qui arrivent parfois en urgence, après un accident de la route, sans argent dans les poches, sans aucun membre de la famille qui pourrait s’engager à payer les frais.
Dans un tel contexte, l’accès à la santé devient un droit, uniquement pour les personnes qui ont de l’argent ou une assurance. Un scandale ! Quel monde bâtissons-nous quand nous supprimons autant de vies en essayant, sans la moindre gêne, de trouver des explications à cette façon de faire. Tout être vivant a sa place, et le détruire ou l’oublier, c’est bouleverser l’équilibre.
Pendant que j’effectuais mon séjour à l’hôpital, une dame m’a dit une phrase qui m’a marquée : « quand ils disent santé pour tous, ils entendent par TOUS, ceux qui payent. C’est leur logique et pas la nôtre. Ces mots ont un sens différent pour eux et pour nous. »
Je ne vous parle pas de la souffrance et de l’humiliation de cette jeune mère sur le point de mettre au monde un enfant, torturée par les douleurs de l’enfantement, et à qui on refuse l’accès à la salle d’accouchement parce qu’elle n’a pas fait les visites prénatales, par manque d’argent.
Je ne vous parle pas de cette autre femme qui se retrouve prisonnière dans un hôpital avec son garçon de 6 ans : en effet, son fils ayant été malade et hospitalisé, elle n’a pas l’argent pour payer la facture des soins, de l’hospitalisation et de la restauration, qui est obligatoire – c’est-à-dire qu’on nous donne à manger, qu’on le veuille ou pas… c’est le règlement !
Je ne vous parle pas d’un tel autre qui… Comprenez simplement que dans ce contexte, les structures de santé sont un mouroir ou une prison pour les pauvres. Un lieu qui leur redit leur misère et où ils se sentent mis de côté, exclus, oubliés, rejetés.
L’accès à la santé peine encore à être un droit universel…

Jeanne-Véronique ATSAM (Cameroun)

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