Vacances en liberté

Partir en vacances… beaucoup n’y songent même pas. Trop chères. Trop loin. Trop compliqué. Déjà prendre le train… toute une aventure ! Et pas sans risques. « On avait peur que pendant notre absence, notre propriétaire en profite pour nous mettre dehors » dit Jacques. S’arracher à son quartier, partir vers l’inconnu : à quoi bon ! On l’entend souvent : les vacances c’est pour les riches, pas pour les pauvres : ils ne manquent pas les freins aux vacances. Et pourtant.

Depuis 1978, plus de mille familles ont effectué un séjour dans une maison de vacances familiales dans le cadre magnifique du Jura français à La Bise, en pays d’Arbois. Un lieu sans contraintes sinon celles de chercher à bien vivre ensemble pendant neuf à dix jours. Par exemple, se retrouver aux mêmes horaires pour partager les repas à l’appel de la cloche.
De vraies vacances mais aussi une opportunité pour des familles de pouvoir enfin être rassemblées, parents et enfants « placés ». « Pour la première fois depuis longtemps, mon fils dormait près de moi dans la chambre d’à côté. La nuit je me levais pour le regarder dormir » dit Nicole. Des retrouvailles aussi dans le couple : «avec mon mari on se tenait par la main en revenant de promenade à la cascade, cela ne nous était pas arrivé depuis longtemps. Les enfants étaient contents».

Et puis il y a le cadre, la Nature : «il y a le ciel, l’horizon, je ne m’en souvenais plus. La nuit je me levais pour regarder les étoiles » dit Pierre. Jacques emmène son fils à la pêche et retrouve les gestes qu’il avait appris, enfant, avec son grand-père.
« A la Bise, on est comme les autres»dit Simone.
L’accueil, assuré par l’équipe composée de volontaires permanents d’ATD Quart monde et de bénévoles, respecte les personnes et leur propre rythme. Tout est proposé, rien n’est imposé. Et c’est une découverte mutuelle. « C’était la première fois que je vivais avec des familles qui sont dans la grande pauvreté, dit Hélène une « accueillante », cela a complètement changé la perception que j’en avais ». Elle en reste émue et bouleversée.
« On est valorisé parce qu’on se découvre soi-même, dit Simone, une « vacancière, et du coup cela donne plus de forces pour après ».Au retour, elles sont transformées les Simone, Nathalie, et autre Chrystelle… au point que les travailleurs sociaux ne les reconnaissent pas.
Condition très importante pour tous : les séjours à la Bise ne font l’objet d’aucun rapport social. Pourquoi donc les familles pauvres devraient-elles en plus faire l’objet d’un rapport, comme si, pour elles, les vacances c’était d’abord un devoir … et non un droit ?

« Malheureusement, de moins en moins de personnes en parlent du droit aux vacances » déplore l’économiste Jean-Luc Outin. Ce qui n’est pas le moindre des paradoxes, 75 ans après l’invention des congés payés en France, lors de l’été 1936.

Bonnes vacances à tous… et en toute liberté !

Pascal Percq (Paris, France)

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s