Dans la fêlure du bol de riz

La Thaïlande est le premier pays exportateur de riz au monde. Le mode de vie et les habitudes alimentaires des thaïlandais sont intimement liés à la culture du riz. Les adages populaires ne manquent pas à ce sujet : « Le riz est la colonne vertébrale du pays» ; “Dans les rivières, il y a du poisson et dans les rizières du riz.» ; « Chanceux le thaïlandais qui a des champs de culture de riz. Malheureux celui qui ne sait pas les cultiver. »
En 2006, la Thaïlande comptait un peu plus de quatre millions de foyers d’agriculteurs, dont 18 % de foyers sans terre et 67 % avec moins de deux hectares. Pour la majorité de ces foyers de petits agriculteurs, la moitié de leur récolte de riz rembourse leurs emprunts contractés auprès de la banque agricole et 17 à 20 % est vendue à une coopérative agricole. Cette vente est parfois leur unique source de revenu. Le riz restant est réservé à la consommation familiale des mois à venir.


Mais le désarroi de nombreuses familles de petits paysans est immense: « La culture du riz n’est plus rentable. Les investissements sont trop lourds pour une récolte toujours plus faible année après année. Avec une récolte de riz de 300-400 kilos par Rai (0.16 hectare), nous avons juste de quoi nourrir notre famille. Pourquoi continuer à se fatiguer à cultiver du riz ? Il serait préférable d’aller chercher du travail ailleurs ; de gagner de l’argent et d’acheter son riz au marché ! »
En 2009, Mme Fon Sengsawang avec sa maman, son mari et leurs deux enfants ont décidé de quitter leur village du district de Prang Ku, (nord est de la Thaïlande ). Ils ont migré vers Bangkok où ils vivent, depuis deux ans, dans un slum (bidonville) du quartier de Thonburi. Mme Fon Sengsawang et son mari sont maintenant récupérateurs de déchets (papier, plastique, verre ou bois). Ils sillonnent les rues de Bangkok avec leur chariot. Mme Sengsawang se souvient :
« En 2007, dans notre village ce fut la sécheresse. La seule récolte de l’année fut détruite. Nous avons du emprunter 50,000 bahts (1,200 Euros) à la banque agricole pour avoir de quoi nous nourrir et préparer la prochaine culture de riz. En 2008, la sécheresse nous a épargnés mais pas les inondations. Notre riz a pourri sur pied. Comme nous ne pouvions pas rembourser nos dettes, nous avons du vendre le peu de terre que nous possédions pour une misère. Au village, il nous reste encore notre maison ; c’est au moins un lieu où nous pourrons toujours revenir. »
Face à ces grands bouleversements, quelle espérance ? En janvier dernier, dans le petit village isolé de Jongko, proche de la frontière cambodgienne, j’ai rencontré une femme au visage marqué par des épreuves de la vie : «Avec mon mari, nous possédons deux hectares de terre. Chaque tiers est reparti entre la culture du riz, celle du manioc et celle du caoutchouc. Si nous étions restés à une culture unique de riz, nous ne nous serions jamais sortis du cercle vicieux des dettes. Les fruits et légumes de notre jardin, l’élevage de poissons de nos deux étangs et les produits de la forêt toute proche sont aussi source de revenus complémentaires pour notre famille. En re-choisissant une agriculture traditionnelle et diversifiée, nous sommes heureux de continuer à vivre dans ce petit village. »

Alain Souchard – (Sisaket)

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