Qui paient le prix de la paix ?

Lundi 9 mai, le nouveau gouvernement du Burkina Faso demande à la Nation de faire mémoire des victimes de l’accident survenu sur la route de Lomé, au Togo. 26 commerçants burkinabés ont péri dans cette tragédie. Mais ce deuil national, légitime au regard de la détresse des familles, souligne le silence général fait autour des victimes des récentes mutineries.
Depuis près de trois mois, le Burkina Faso traverse des troubles ponctués par des mutineries militaires et policières d’ampleur et de violence grandissantes. Ces mutineries ont fait vaciller les fondations d’un pouvoir en place depuis plus de deux décennies, mais ont aussi fait de nombreuses victimes parmi la population. Nul ne sait exactement leur nombre. Si ce n’est dans les quartiers ou les dispensaires où les nouvelles circulent, personne n’en parle, ni la presse, ni le gouvernement.
Des milliers de balles d’armes de guerre ont été tirées par les militaires en colère. Beaucoup d’entre elles sont devenues ce qu’on appelle, non sans ironie, des « balles perdues ». Et certaines ont « trouvé » sur leur trajectoire un enfant, un frère, une sœur, un père, une mère, qu’elles ont blessé ou tué arbitrairement.
Ainsi, pendant que les forts, les « armés » font entendre leurs revendications aux bruits de leurs armes, les faibles, les « désarmés » perdent la vie sans qu’il en soit fait écho. Ces victimes sont le plus souvent des personnes pauvres ou très pauvres que de frêles toits de tôle ne protègent guère des pluies de balles.
A l’injustice de ces morts répond donc l’oubli et le silence. Les proches, des quartiers entiers de Ouagadougou se taisent, conscients que les voies du silence mènent à la paix.
Sans doute se taisent-ils parce qu’ils n’ont ni la force, ni les moyens de s’exprimer. Mais il y a quelque chose de plus profond dans ce choix des populations pauvres de dépasser l’injustice pour prétendre à la paix : ce savoir immémorial des pauvres que prétendre à la paix demande toujours, à un moment ou un autre, le dépassement d’une violence subie. Ils savent d’expérience que si la violence continue, ils paieront un tribut encore plus lourd que celui que la paix exige d’eux.
Ici comme ailleurs, les pauvres subissent et paient le prix de la paix des  « forts » plus qu’ils ne la menacent. Qui prend la mesure que trop souvent, les plus pauvres paient le prix fort de la paix sociale alors que la plupart du temps, ils en sont les premiers bâtisseurs ?
Qui saura se demander : « qui paie le coût de la paix dont je jouis ? Au prix de quelles injustices subies et dépassées par d’autres que moi ? »
Qui saura faire de ce savoir des pauvres un outil pour avancer vers une paix mondiale libérée de l’injustice, une paix dont personne ne paie le prix, une paix juste ? Certainement ceux qui possèdent déjà ce savoir, les plus pauvres eux-mêmes. Alors suivons-les et apprenons d’eux : ils nous montrent la voie.

Guillaume Charvon (Burkina Faso)

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