SOS de détresse d’une maîtresse…

Comment résister à l’envie de partager sur ce blog cette lettre d’une maitresse d’école de la région lyonnaise (école Guilloux à St Genis Laval) adressée aux enfants de la Terre qui transitent par son école…

Lettre aux enfants de la CLIN (CLIN= classe d’initiation pour les Enfants Nouvellement Arrivés en France) et à tous ceux et celles qui seront interpellés par votre situation…

Vous arrivez en toute saison,
Pour chacun, ce jour-là est gravé dans votre mémoire et dans la mienne,
Beaucoup d’entre vous ne sont jamais allés à l’école,
Souvent, vous ne savez ni lire, ni écrire et vous ne connaissez pas la langue de ce pays,
Les premiers jours, dans la cour de l’école, c’est difficile,
Peu à peu dans le cocon de la classe, vous voilà apprivoisés et vous travaillez comme jamais :
Efforts infinis, espoir investi, confiance accordée,
On n’apprend pas qu’avec la tête, des liens se créent,
Et vous étudiez, jouez, chantez, vivez comme tous les enfants de votre âge.

POURTANT ,
les mots « positif ou négatif » vont décider de votre avenir…

ALORS,
On me dit, ne t’occupe pas de ça, c’est pas ton problème,
On me dit, tu y mets trop de cœur, c’est pas normal !
On me dit, prends du recul, sinon, tu vas tomber,
On me dit, n’en fais pas trop, c’est pas ton travail,
On me dit, n’y va pas, tu n’as pas le droit,
On me dit, ne parle pas, devoir de réserve,
On me dit, à quoi bon, ça ne sert à rien,
On me dit, oublie tout, ça ira mieux…

MAIS,
Avec ma colère,mon désarroi et toute mon impuissance je veux parler de vous, mes élèves et témoigner de votre quotidien :

Toi, D, tu es venu un matin après 3 nuits passées dans ta voiture (avec tes frères et sœurs dont un bébé de 8 mois) en plein mois de janvier ! En classe, au moment de lire un texte, tu as levé la main et j’ai vu dans ton regard toute la détermination du monde :accroché aux mots comme à un radeau, tu as lu bien mieux qu’à l’accoutumée…

Toi, M, pétillant d’intelligence, de volonté, de sensibilité exacerbée, tu quittes le CADA aujourd’hui, tes nuits avec un toit sont maintenant comptées…

Toi, N, tu es déjà « sans hébergement fixe » depuis plusieurs semaines.Ton large sourire accentue le noir de tes yeux et tes « je vais bien, tout va bien » cachent les sanglots de ta maman.

Toi, Q, arrivé un jour de mai 2010, tout effarouché. Tu dis et chantes sous tous les tons : « j’aime trop l’école, je voudrais y dormir  »…

Toi, A, on a le même jour de naissance (mais pas la même année me disais-tu en riant !) Tu es arrivé, je m’en souviens très bien, en septembre 2007. En ce mois d’avril 2011, le verdict est tombé, négatif aussi.

Toi, N, petite bonne femme décidée, volontaire et boulimique de savoir(s), tu attends cette fatidique réponse pour bientôt, terrible épée de Damoclès.

Toi, F, tu viens d’arriver, très tendu, nerveux, à fleur de peau, le moindre regard te met dans tous tes états. Là, tu viens de voir partir du foyer ton meilleur copain, et toi, c’est pour quand ?

Toi, G, tu m’en as donné du fil à retordre ! ça n’a pas été facile en 2009, quand tu as dû t’adapter au cadre, toi qui ne savais pas , à 11 ans, ce qu’était une école . Aujourd’hui, te voilà dehors aussi.

Il y a vous aussi que je n’oublie pas, « les filles » comme je vous appelais affectueusement, K, B, V et vos 3 frères .Un matin de novembre 2009, vous n’êtes pas venues, on ne vous a jamais revues : chaises vides et peine indiscible !

Et puis il y a toi, petit bonhomme que je ne connais pas,
tu t’appelles PROMESSE, tu as 18 mois.
Jeudi dernier vers 17 heures , message sur mon portable : ta maman, ton frère de 5ans et toi
vous êtes sur le pavé,
pas de places au 115,
pas de lieu où dormir cette nuit.

ALORS,
On me dit, ne t’occupe pas de ça, c’est pas ton problème,
On me dit, tu y mets trop de cœur, c’est pas normal !
On me dit, prends du recul, sinon, tu vas tomber,
On me dit, n’en fais pas trop, c’est pas ton travail,
On me dit, n’y va pas, tu n’as pas le droit,
On me dit, ne parle pas, devoir de réserve,
On me dit, à quoi bon, ça ne sert à rien,
On me dit, oublie tout, ça ira mieux…

MAIS là : stupeur, indignation, goutte d’eau de trop, saturation !

Et POURTANT il s’appelle PROMESSE 
et moi je ne suis qu’une maîtresse qui crie
SOS
et vous demande d’entendre cet appel de
détresse!

Partagé par Pascal Percq (Paris, France)

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Une réflexion au sujet de « SOS de détresse d’une maîtresse… »

  1. Merci à cette maîtresse, merci à Pascal,
    de nous remettre en face de notre humanité.
    Je n’ai pas de réponse à donner,
    encore moins de consolations.
    Mais dans le cri lancé, et qui doit rester un cri,
    même s’il ne semble pas faire grand bruit,
    je trouve une confirmation de l’intuition géniale
    du Père Joseph Wresinski, fondateur de ATD Quart Monde,
    qui disait qu’il n’est pas possible de rejoindre les plus pauvres
    (et des enfants sans protections le sont toujours)
    et de durer à leurs côtés,
    sans avoir une immense tendresse et un très grand respect
    pour tous ceux qui s’engagent de la même manière.
    André Modave, actuellement en Italie.

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