Femme de blanc

Il y a un an, j’ai essayé de vous faire entrer un peu dans la vie d’un homme du village de Ban Non Gniaw, dans la province de Khorat  (nord est de la Thaïlande). Un an plus tard, j’y suis retourné. Une des premières réactions des villageois a été de m’annoncer que maintenant dans tous les villages environnants, au moins une fille de chaque village est mariée avec un blanc.

Dans les vingt dernières années, les familles du village de Ban Non Gniaw n’ont guère accordé d’importance au mariage d’une de ses filles  avec un blanc. La principale raison étant que l’étranger blanc, le français en l’occurrence, restait à leurs yeux une personne étrange par ses attitudes, son odeur corporelle forte, son  langage incompréhensible et la barbarie de son peuple envers la royauté.

Ceux du village qui s’étaient risqués à aller en terre étrangère en avaient souffert ou bien en étaient revenus guère plus riches. C’est ainsi qu’une femme  avait vécu en Allemagne. Elle y avait subi les affres de la prostitution. Un homme, marié, avec des enfants, avait réussi à trouver un travail en Corée du sud. Il y avait fondé une nouvelle famille dans ce pays. Toutefois, pour les villageois, ils estiment qu’il n’a pas abandonné sa femme et ses enfants, car il a continué de les soutenir financièrement.

Enfin, un autre homme  avait réussi à trouver un travail de conducteur d’engins de construction dans les Émirats Arabes. Après cinq années dans ces pays, il était revenu au village, avec juste de quoi acheter un bus scolaire, avec lequel il continue de faire chaque semaine les navettes scolaires.

D’autres familles, malchanceuses, ont été victimes d’arnaqueurs. Ces derniers leur ont fait miroiter l’Eldorado d’un travail dans les pays arabes ou à Singapour. Elles se sont endettées, voir même, ont hypothéqué une partie de leurs terres pour permettre à un des leurs de partir à l’étranger. La promesse du travail non tenue, ceux qui étaient partis sont revenus au village, avec l’humiliation d’avoir été trompés.

De nos jours, dans ce village, tous les blancs sont considérés comme des riches. Les familles voient, dans les villages voisins, des blancs construire des maisons de plusieurs millions de bahts pour la famille de leur femme ou maîtresse thaïlandaise.

Hélas, cette perception du mariage d’une fille du village avec un blanc comme source d’enrichissement de la famille est de plus en plus acceptée. Toutefois, au-delà de cette obsession d’enrichissement, j’ai constaté que les familles pauvres voyaient aussi le mariage comme un moyen pour gagner plus de respect et de reconnaissance aux yeux des autres familles du village.

Le blanc qui dérogerait à cette image de blanc riche, est toujours considéré (dans sa traduction littérale) comme « une merde d’oiseau » dans l’imagerie populaire des gens du nord-est de la Thaïlande.

Lors de ma dernière visite dans ce village, j’ai pu constater une évolution stratégique. Des familles sont prêtes à accepter le départ d’une de leur fille dans le pays du blanc : elle agit, alors, telle une éclaireuse. Elle doit, en effet, arriver à trouver un travail, réussir professionnellement et financièrement afin de permettre à d’autres membres de sa famille de la rejoindre dans un avenir prévisible.

Quand on connaît l’importance de la gratitude filiale dans la culture thaïlandaise, on sent que, tout en respectant la culture, on est entré dans une nouvelle stratégie d’une promotion familiale par le mariage, que ce soit dans ce petit village de Thaïlande ou dans le pays d’accueil.

Alain Souchard (Thaïlande)

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