Anatole, l’homme d’un seul combat

Anatole habite un village à la périphérie de Ouagadougou, capitale du Burkina Faso.

Il est l’homme d’un seul combat.

Sur le mur de sa maison, il y a un tableau noir pour ses enfants. Un tableau noir dans une cour d’habitation qui n’est même pas cerclée d’un mur d’enceinte ! C’est comme une provocation faite au dénuement de cette concession, comme le signe visible de ces mots qui habitent en silence le cœur de ce père de famille : « je ne veux pas que mes enfants souffrent ce que moi j’ai souffert. » C’est le signe de son combat perpétuel contre la fatalité de la misère.

Anatole est l’homme d’un seul combat. Orphelin, il a grandi dans les rues de Ouagadougou. Devenu adulte, il a su trouver une femme qui, comme il le dit, « sait sourire », une femme qui le comprend et qui l’aide à offrir un avenir meilleur à ses enfants.

Il est l’homme d’un seul combat. Sur son vélo, il parcourt chaque jour soixante à soixante-dix kilomètres pour aller couper des herbes dans les bas-fonds afin de les vendre en ville. En saison sèche, quand il n’y a plus d’herbes hautes, un ami le charge de vendre des pochettes plastifiées destinées à protéger les nouvelles cartes d’identité. Il gagne dix francs CFA * par carte vendue. Avec l’argent gagné, il assume peu à peu, quand la vie le lui permet, les milliers de francs que coûtent les frais de scolarité de ses enfants. Et il sait qu’il doit tout faire pour respecter les délais de remboursement car sinon, ses enfants connaîtront l’humiliation de se faire renvoyer de la classe parce qu’il n’a pas pu réunir l’argent nécessaire.

Anatole se bat chaque jour pour que ses enfants apprennent et ne connaissent pas ce que lui a traversé.

Mais parfois, la vie est trop dure et l’empêche de prendre son envol vers la réussite. Au point que dans son village, certains le surnomment « celui qui a accepté de ne pas réussir dans la vie ».

La douleur de certaines humiliations ne l’arrête pas. Il est d’un seul combat : toutes ses forces vont à la réussite de ses enfants.

Anatole est un homme. Ses enfants grandissent à l’ombre de son courage, et je sais que bientôt, ils goûteront en famille les fruits de leurs réussites.

Guillaume Charvon (Burkina Faso)

*	10 FCFA = 0,015 euros.
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