Mondes d’IVG

Le 18 novembre dernier, une infirmière de l’hôpital de la ville de Sisaket (nord-est de la Thaïlande) m’a invité à sa tournée de visites dans le quartier de Non Say Thong. Ce quartier est considéré comme un quartier très pauvre, où toutes les misères humaines semblent réunies.

 Dans une famille visitée, ils sont quinze à habiter la même maison. Nous avons rencontré une vieille femme aveugle et quatre de ses filles. La fille aînée élève son jeune fils, handicapé. Une de ses chevilles a été attachée à une corde, elle-même reliée à un pilier de la maison, pour le protéger : « Il aime grimper très haut le long des bananiers ou des cocotiers; il peut chuter. »

 Cette femme était encore une toute jeune fille lorsqu’elle est tombée enceinte. Elle a essayé d’avorter : « Je voulais faire partir le bébé, alors j’ai pris des médicaments. J’ai beaucoup saigné mais le bébé est resté accroché. Alors, je l’ai gardé et il est né comme ça…. »

 Dans le voisinage, des rumeurs stigmatisantes circulent : « Si elle a cet enfant débile, c’est qu’elle a péché. Sa mère lui a demandé d’avoir des relations sexuelles avec un moine du temple bouddhiste voisin. Cela est strictement interdit par la morale. Elle l’a fait et toutes les deux, elles  ont été punies pour cela. »

 Le lendemain, toute la Thaïlande est sous le choc d’une macabre découverte. Alertée par une odeur nauséabonde, la police de Bangkok a trouvé 2002 fœtus avortés illégalement, cachés dans le temple bouddhiste de Wat Phai Ngern Chotanaram. Ils y étaient en attente de leur crémation depuis plusieurs mois.

 Cette découverte de fœtus  n’est que le sommet de l’iceberg concernant la situation des avortements clandestins en Thaïlande. Selon le président du collège des gynécologues de Thaïlande 300,000 à 400,000 avortements sont effectués  en Thaïlande chaque année et  dont 80,000 légalement. 12 à 15 % concernent des jeunes de moins de 15 ans.

 A titre de comparaison, en France avec une population similaire de 65 millions d’habitants 200,000 avortements légaux sont pratiqués chaque année.

 Cependant, l’avortement est illégal en Thaïlande à l’exception des suites d’un viol, d’un inceste ou si la vie de la mère du bébé est en danger.

 Selon Phramaha Vajiramedi, un moine bouddhiste thaïlandais très populaire: « Les bouddhistes sont fondamentalement opposés à l’avortement. Mais, nous devons ajuster nos vieilles manières d’enseigner la moralité. Nous ne pouvons pas seulement dire : « l’avortement est un péché, l’avortement génère un mauvais karma. » Nous devons comprendre que lorsqu’une femme décide de se faire avorter, c’est, entre autre, parce que : soit elle n’a pas reçu une éducation sexuelle ou qu’elle doit avoir des problèmes dans sa famille. Le moine bouddhiste devrait plus chercher des solutions au lieu de condamner l’avortement comme péché. »

 Neuf jours plus tard, des milliers de thaïlandais sont venus au temple de Wat Phai Ngern Chotanaram. En contradiction avec le respect dû au rite de la vie dans la tradition animiste et bouddhique de Thaïlande, ils ont participé à une émouvante cérémonie, pour la crémation des 2002 fœtus. En effet, dans le respect du rite traditionnel, les fœtus auraient du être inhumés afin d’éviter que l’esprit présent dans le fœtus devienne un esprit errant dangereux envers la mère avorteuse.

 Alain Souchard – Sisaket (Thaïlande)

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